23 janvier 2011

Céline

Ah que c'est embêtant quand la fortune, bonne ou mauvaise, mais plutôt facétieuse en général, place le génie, qualité parmi les plus admirables et enviables, entre les mains de types frustrés et haineux !

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17 novembre 2008

Irrationnalisme

"L'irrationnalisme qui devient populaire est un affreux spectacle. On sent qu'il en résultera fatalement un malheur, tel que la surestimation unilatérale de la raison n'en pourra jamais provoquer. La raison peut être comique, avec sa pédanterie optimiste ; les forces les plus profondes de la vie peuvent la tourner en ridicule ; mais elles n'entraînent pas la catastrophe. Seule la déraison devenue souveraine le fait."
Thomas Mann, 1943.

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08 novembre 2007

Notre Combat

Un collectif d'artistes a entrepris d'utiliser les pages de Mein Kampf d'Hitler comme base de leurs travaux.

C'est une idée qui montre bien l'état de l'art actuel qui est fait d'un mélange d'opportunisme, de prétention et de naïveté :

- Opportunisme, parce qu'en art contemporain, si l'on veut exister, il faut impérativement choquer. Et on ne peut guère trouver plus choquant et repoussant que le texte d'Hitler.
- Prétention et naïveté, car il est à la fois prétentieux et naïf de la part de ces artistes de penser que leur actions et leurs oeuvres puissent avoir une quelconque incidence sur la portée du texte et sur ce qu'il représente. Le texte est là et ils peuvent le triturer tant qu'ils veulent, cela ne changera rien. On ne change pas l'histoire, surtout après coup. L'histoire, si l'on veut la changer, c'est ici et maintenant, ce n'est pas 80 ans après.

Cette entreprise ne peut avoir qu'un seul effet : donner envie aux gens d'aller jeter un oeil à l'original, car il n'y pas meilleure stratégie pour attirer et intéresser que de masquer et de cacher les choses.

Dans sa préface, Simone Veil se demande "Que faire d'un tel livre ?". Ma réponse est qu'il n'y a absolument rien à en faire, et surtout pas de l'art.

Tout cela illustre admirablement l'impuissance de l'artiste face aux horreurs de l'histoire.

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www. notrecombat.net

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26 août 2007

Ardante Fanny

Dans la série "J'aurais mieux fait de la fermer", Fanny Ardant choque l'Italie an clamant son admiration pour le fondateur des Brigades Rouges, Renato Curcio, qu'elle qualifie de héros.
Ce que Fanny trouve beau et grand chez le révolutionnaire, c'est le sacrifice de sa vie à un idéal. On ne peut nier que l'idée soit, en effet, très belle et propre à enflammer les imaginations romantiques. Cependant, Fanny oublie l'autre aspect de l'affaire qui est que le révolutionnaire est généralement encore moins avare de la vie d'autrui que de la sienne, et qu'il sacrifie les autres avec une générosité souvent proportionnelle à la force de ses convictions, ce qui, d'un point de vue tant esthétique que moral, est nettement moins admirable.

Toute cette histoire montre :
1 - Que sous des dehors glamour se dissimule parfois une âme révolutionnaire.
2 - Que quand on est célèbre, il vaut mieux, éviter les sujets épineux, et déclarer son amour du terrorisme en est un.
3 - Que la révolution est magnifique, mais seulement vue de très loin et pas vécue par soi-même - vue de près, elle l'est moins, et ceux qui l'ont rencontrée ne sont généralement plus là pour en témoigner.
4 - Que Fanny Ardant est le produit d'une époque où la révolution était branchée et où les intellectuels et les artistes défendaient les pires abominations sous prétexte de liberté. Nombre d'entre nous ont été victimes de cette idéologie, quelques-uns en sont revenus, mais beaucoup y stagnent encore, dont, apparemment, cette pauvre Fanny. Cotisons-nous pour lui offrir Le Livre noir du Communisme !

Oui, ma chère Fanny, un révolutionnaire, les armes à la main, c'est beau, mais seulement au cinéma. Dans la réalité et sur le terrain, ça l'est beaucoup moins, surtout lorsque le "héros" te prend en otage, t'humilie et te torture avent de te coller une balle dans la nuque. Sans même parler du cas où le révolutionnaire réussit dans ses entreprises, et que toute l'histoire vire au génocide, commis au nom de l'idéal, évidemment.

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10 août 2007

Le Mythe de la Contre-Culture




Révolte Consommée - Le Mythe de la Contre-Culture
Joseph Heath & Andrew Potter
Naïve, 2005
ISBN 2 35021 019 7
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Le livre est sorti en 2004 au Canada, sous le titre de Rebel Sell, et en 2005 en France, mais je viens seulement de le lire.

"Dans ce livre, nous avançons l'idée que si des décennies de rébellion contre-culturelle n'ont rien changé, c'est parce que la théorie de société sur laquelle repose l'idée contre-culturelle est fausse".

L'idée reçue c'est que la société est victime du capitalisme, qui, à grand renfort de publicité, s'arrange pour fourguer à la masse conformiste et lobotomisée tout un tas de produits dont elle n'a pas besoin. La contre-culture se voulant le contre-pouvoir lucide à ce système débilitant et coercitif.

C'est cette idée reçue que les deux auteurs s'emploient à démonter, en démontrant que la surconsommation n'est pas le fruit du conformisme mais, au contraire, le résultat d'une consommation concurrentielle motivée par la quête de distinction. Dans nos sociétés compétitives, les gens ne consomment pas pour faire comme tout le monde, mais, au contraire, pour se distinguer de la masse et affirmer leur différence. C'est cette quête de distinction qui les lance dans une logique de surconsommation semblable à la course aux armements à laquelle se livrent les pays. C'est la rareté qui distingue, rareté du produit de luxe, ou originalité de l'idée ou de l'attitude. C'est là que la rébellion contre-culturelle intervient comme créatrice de cette originalité tant désirée.

Le premier point démontré par les auteurs est que la contre-culture, loin d'empêcher la consommation de masse, fait, au contraire, partie intégrante du système en agissant comme moteur. Le deuxième point étant que l'idée politique de rébellion contre-culturelle, en s'opposant systématiquement à tout ce qui est organisé et étatique, et à toutes les règles et à tous les systèmes en général que, sans distinction, elle accuse d'être répressifs et coercitifs, affaiblit les États et les pouvoirs qui pourraient améliorer la société par des mesures réglementaires. Non seulement la contre-culture, en tant que projet politique, n'a jamais été capable d'apporter des solutions valables, mais, le plus souvent, elle aggrave la situation en s'opposant aux mesures qu'elle ne trouve pas assez radicales.

Par ailleurs, en assimilant toute déviance sociale à un acte de dissension, et en lui vouant une sorte de culte, la contre-culture n'a eu, pour le moment, pour seul effet, que d'encourager et de banaliser l'incivilité. "Poussée à l'extrême, elle a engendré un cycle de transgression sociale concurrentielle qui a fini par engendrer des comportements et des attitudes foncièrement antisociaux". Selon les auteurs, c'est ce mythe de la contre-culture qui a mené la gauche droit dans le mur. Les auteurs affirmant que "l'habitude contre-culturelle d'assimiler liberté et violation des normes sociales est devenue un boulet politique pour la gauche."
On en a eu la démonstration en France, récemment. En fait, en lisant ce livre, on se rend compte que le programme de Ségolène Royal était entièrement et typiquement un produit de la contre-culture, dont cet essai de 2004 annonçait déjà l'échec. D'ailleurs, pour un politicien prétendant gouverner un État, adopter les idéaux de la contre-culture, et donc l'idée qu'il faut être rebelle à tout ordre et à toute institution parce que tout ordre établi est suspect, équivaut à scier la branche sur lequel il est assis ou à se tirer une balle dans le pied.

C'est un livre facile à lire, et très intéressant, parce que toute notre société est marquée par la contre-culture, et que, dans notre quête de différence, nous sommes tous, sans même nous en rendre compte, victimes de ses sirènes. Les auteurs ne le disent pas, mais je pense que la contre-culture est devenue la nouvelle norme morale, aussi conformiste, intolérante et étriquée, et qui pèse sur la société, autant, et de manière aussi désagréable, que le faisait celle de la bourgeoisie bien pensante par le passé.

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Joseph Heath est professeur en philosophie à L'université de Toronto et Andrew Potter est chercher en éthique à l'université de Montréal.

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25 juillet 2007

Moi y'en a pas comprendre




Les librairies anglo-saxonnes ont décidé de retirer Tintin au Congo des rayons pour enfants, en raison de son idéologie coloniale et raciste. Je trouve incroyable que les Inrockuptibles, qui ont pourtant fait de la chasse au réac leur sport favori, trouvent le moyen de défendre ce bouquin.

"Une manière indirecte de censurer une œuvre en réduisant ses chances d'être lue par son public naturel", disent-il. J'hallucine. Ses "chances d'être lue", et son "public naturel" ! Est-ce une chance de lire ce bouquin-là, et la littérature coloniale a-t-elle un public naturel ?

La première fois que j'ai lu Tintin au Congo, je l'ai trouvé immonde, et je me suis étonnée que l'on continue à publier un livre qui n'honore ni son auteur ni le genre humain. Je me suis même demandé si Hergé n'avait pas honte d'avoir écrit cela. Les noirs y sont ridiculisés (même les singes parlent mieux qu'eux !), et Tintin, le fusil à la main, passe son temps à trucider la faune locale.

Quant à la "censure" ? Le mot est bien fort, puisque le livre n'est pas interdit, il est seulement déplacé au rayon pour adultes. Un déplacement qui devrait fatalement amener la question : "Pourquoi ce Tintin-là n'est-il pas avec les autres ?" Interrogation qui devrait logiquement donner lieu à une explication de texte et à une réflexion sur l'idéologie qu'il véhicule. Pas plus mal.

Mais oublions un instant l'idéologie pour ne s'occuper que de BD : est-ce que ce livre est un chef d'œuvre tel qu'il justifie que l'on s'arrange du reste ? Même pas ! Tintin au Congo est nullissime, l'histoire est sans intérêt, et son humour tarte à la crème est plus que lourdingue. S'il n'était pas signé Hergé, il y a longtemps qu'on n'en parlerait plus, et personne ne jugerait utile de ressortir cette vieillerie.

Si les enfants ne le lisent pas, hé bien ils n'auront pas perdu grand chose ! L'article conclut sur l'idée que Harry Potter est probablement un héros plus présentable pour les Anglo-saxons. Il n'y a pas photo. Harry est infiniment plus présentable, même pour les non Anglo-saxons.

La vraie place de Tintin au Congo est au rayon "histoire coloniale", comme document d'époque.

Et tiens, pour qu'il serve à quelque chose, on devrait même le vendre couplé à une histoire du Congo, où le lecteur apprendrait que du temps où le Congo belge était la propriété privée du roi Léopold II, celui-ci y a fait régner la terreur. Au nom du caoutchouc, et parce que son altesse a voulu rentabiliser rapidement ses investissements, on a violé, fouetté, torturé, mutilé, massacré, brûlé... Le Congo est devenu l'enfer sur terre, et la population a été victime d'un génocide dont on ne parle jamais.

"le Congo devint une sorte de vaste système concentrationnaire où l'arbitraire constituait la règle. Au cours des années 1890 et 1900, le publiciste britannique Edmund D. Morel et sa Congo Reform Association (1904-1913) surent émouvoir les opinions publiques européennes en dévoilant des photos d'Africains aux mains coupées. Ceux-ci étaient des survivants de massacres, laissés pour morts. En cas de livraison insuffisante du caoutchouc, la règle et l'usage imposaient en effet aux soldats de couper une main - généralement la droite - qu'on rapportait, le plus souvent séchée, pour prouver qu'on avait bien puni des ressortissants du village rebelle. De multiples rapports de missionnaires évoquent ainsi le nombre impressionnant de cadavres privés d'une main, rencontrés flottant sur le fleuve Congo et ses affluents."
"Afrique centrale : le temps des massacres", par Elikia M'Bokolo, in Le Livre noir du Colonialisme, Histoires Pluriel, Hachette, 2005.

J'ai vu un reportage sur le Congo belge au temps de Léopold II. On dit que le roi belge est mort avec une expression de terreur sur le visage, en murmurant : "horreur, horreur..."
Horreur, c'est le mot. Et s'il y a un enfer, il est certainement parti y rôtir pour l'éternité.

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Illustrations : John Steed lisant Tintin.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans la série Chapeau Melon & Bottes de Cuir (The Avengers), quand John Steed lit, c'est toujours des albums de Tintin ! Mais je ne l'ai pas vu lire Tintin au Congo.

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28 août 2006

L'Ennemi écoute ! - Feind hört mit !


Depuis une bonne semaine, dans toutes les vitrines, aux vitres des tramways, dans les coins des journaux, la silhouette noire dessinée au pochoir d'un homme massif vu de derrière portant un chapeau mou. Il est penché sur le côté gauche, le bras gauche pendant, la main à moitié ouverte, il rôde et se tient aux aguets. En dessous, un point d'interrogation en blanc. Je ne sais quoi d'inquiétant, de démoniaque émane de cette figure. Question esthétique : pour quelle raison ? Je ne peux pas y répondre. Ce n'est pas seulement le noir et l'aspect massif.
Victor Klemperer, Dresde, 23 janvier 1944,
in Je veux témoigner jusqu'au bout - Journal 1942-1945, Seuil.

L'image ci-dessus n'est pas l'affiche décrite par Klemperer, mais une reconstitution de la silhouette que l'on trouve réutilisée dans d'autres déclinaisons du thème comme, par exemple, dans l'affiche suivante.

J'ignore si Victor Klemperer a pu voir l'affiche montrant cette scène de restaurant, mais il est certain que la version au pochoir en silhouette noire (que j'ai placée sur fond rouge, mais qui dans la réalité devait avoir comme couleur celle du papier) est la plus efficace des deux.
Dans l'affiche du restaurant, l'ombre est transparente, vague, diluée dans cette scène banale. Il y a le serveur, le couple, et cette présence immatérielle. L'affiche au pochoir, épurée à l'extrême, représente quant à elle, le summum de l'efficacité en communication visuelle. Tout l'environnement a disparu, il ne reste plus que cette silhouette écrasante. Les épaules démesurément larges, pas de cou, et un unique bras qui se termine en forme de pince - un monstre.
Par ses lignes, la composition reprend les principes expressionnistes : elle est basée sur des déséquilibres et des obliques. Il y a dans cette ombre menaçante des réminiscences de M le Maudit.
Pour Victor Klemperer, cette silhouette noire, massive, est la menace de mort qui pèse sur chaque instant de sa vie au sein du IIIe Reich. Inquiétante et démoniaque, parce qu'elle est emblématique du régime qui a déjà tout perverti, écrasé et détruit. La propagande nazi voulait portraiturer l'espion ennemi, mais c'est sa propre image qu'elle a peinte. La menace au quotidien dans l'Allemagne de l'époque était moins l'Américain et le Russe que le voisin de palier qui, par simple vengeance ou intérêt, pouvait vous dénoncer à la Gestapo. Cette silhouette noire est emblématique de l'arbitraire, de la violence et de la mort qui planaient en permanence sur chaque citoyen.

M le Maudit, 1931 - une image du film

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