27 février 2012

Oscars 2012... (2)

Qui démontrent aussi que l'industrie américaine du cinéma récompense volontiers un film étranger du moment qu'il ressemble à un film américain et glorifie le cinéma américain.

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Oscars 2012... (1)

Qui démontrent brillamment que c'est quand les Français ferment leurs gueules qu'on les apprécie le plus.

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23 septembre 2011

Xanthopsie

Hier soir, j'ai regardé Micmacs à Tire-Larigot de Jean-Pierre Jeunet.
La base : loufoquerie, nostalgie, bons sentiments et misérabilisme dans une marinade jaune. Un film plutôt plaisant, même si le réalisateur ne renouvelle ni ses thèmes ni son inspiration, mais
POURQUOI TANT DE JAUNE ?
Qu'ont donc fait les autres couleurs à Jeunet pour qu'il les noie systématiquement et impitoyablement dans ce sirop jaunasse ? La première fois, cette vision "xanthopique" du monde a surpris et, peut-être, charmé, mais cet usage récurrent du curry est devenu plus pénible que plaisant.

Même sur un blog, l'usage du jaune heurte la sensibilité et le goût...

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31 mai 2007

Moderne Médée

Voir Magda Goebbels, dans le film La Chute, empoisonner ses enfants, m'a rappelé la Médée de Pasolini. Il n'y pas de geste plus contre nature et plus barbare, pour une mère, que de reprendre la vie de ceux auxquels elle l'a donnée. La Chute, qui ne montre rien de la vie privée de la famille Goebbels, laisse imaginer une femme agissant en parfait accord avec son mari, guidée par un fanatisme aveugle - une impression que vient renforcer le contenu de la lettre d'adieu écrite à son fils aîné (1) :
"La vie qui viendra après nous n'est pas digne d'eux. Un dieu miséricordieux comprendra que je leur apporte moi-même la délivrance".
Ce choix de donner la mort parce qu'il n'y a pas d'avenir est également la thèse de Pasolini, dans son film Médée. Il montre le meurtre de Médée non comme une action monstrueuse, mais comme le désir d'épargner à ses enfants un futur dans lequel ils n'ont pas de place. Médée étant la prêtresse d'un monde archaïque que la Grèce venait de vaincre, ses valeurs et son monde étaient condamnés.
La ressemblance s'arrête là, Médée tue ses enfants, s'éloigne de l'homme et de la terre qui l'ont dépossédée de ses pouvoirs. Magda choisit la mort, mais sa lettre d'adieu, qui semble une profession de foi nazie, n'est qu'une explication officielle, une version idéalisée et simplifiée de motifs autrement plus tristes et plus complexes, ainsi que le montre la biographie écrite par Anja Klabunde.

Magda est une très belle femme. Elle a reçu une excellente éducation bourgeoise. Elle est cultivée et parle plusieurs langues. Elle aime le luxe et a de grandes ambitions. Élevée par un Juif qui l'a toujours traitée comme sa propre fille, ayant eu pour premier amour un militant, puis responsable, sioniste, Victor Chaïm Arlosoroff, et comme grande amie de jeunesse la sœur de ce dernier, on apprend qu'avant de devenir Madame Goebbels, elle avait caressé le projet d'aller vivre en Palestine avec eux. Passer d'un sioniste à un nazi paraît être un grand écart impossible, mais cela ne l'était pas autant que l'on pourrait le penser, si l'on en croit Victor Klemperer qui, à la même époque (2), mettait sionistes et nazis dans le même panier. Ces choix montrent surtout que la belle Magda aime les hommes de pouvoir, les leaders charismatiques. Quand elle rencontre Goebbels, elle vient de divorcer de l'industriel Günter Quandt. Elle mène une vie très confortable, mais elle s'ennuie. Entre elle et Goebbels, c'est le coup de foudre. Il s'aiment, se marient. Dans un premier temps, elle se sent parfaitement à l'aise dans son rôle d'épouse de ministre, grande amie d'Hitler, et incarnation de l'idéal de la femme et de l'épouse aryenne. Et puis la situation se dégrade. De muse adorée, elle devient mère de famille, enchaînant les grossesses et les problèmes de santé. Elle doit aussi affronter les nombreuses infidélités de son mari. Des infidélités qu'elle ne supporte pas, surtout quand Goebbels, tombé réellement amoureux de l'actrice Lida Barovaa se met à afficher sa liaison partout. Le couple se délite, et à la veille de la guerre il est à deux doigts de l'implosion. Magda veut divorcer et demande l'aide dHitler. Ce dernier, qui tient beaucoup à ce modèle de famille aryenne qu'elle et les siens incarnent, et redoutant surtout qu'un nouveau scandale éclabousse le parti, place Goebbels face à ses responsabilités : ou il sauve son couple ou il pert son poste. Goebbels renonce à sa maîtresse, et les deux époux signent un contrat d'entente, qu'ils s'engagent à respecter pendant quelques mois, le temps de voir s'ils peuvent encore sauver leur mariage, mais la guerre arrive qui relègue les problèmes privés au second plan. Le destin de Magda et de ses enfants est désormais scellé.

A travers les documents présentés par Anja Klabunde, on voit :
- que Magda avait fini par comprendre la nature profondément malsaine, cynique, diabolique de son mari. Elle connaissait ses méthodes, et le savait capable du pire. Il l'avait menacée de lui retirer ses enfants.
- que dans les années 40, elle savait tout des crimes nazis, et que, probablement, Goebbels les lui avait racontés pour l'associer et la lier davantage à son propre destin, ou peut-être seulement par cruauté. Témoin ces paroles de Magda, rapportées par sa meilleure amie, Ello : "Tu ne peux imaginer de quelles choses horribles il accable maintenant ma conscience, et je ne peux m'en ouvrir auprès de personne...",
- qu'elle s'est sentie tellement prisonnière de ses premiers choix qu'elle n'a pas cru possible un retour en arrière. Toujours à Ello, elle a expliqué : "Supposons que je reste en vie, je serai aussitôt arrêtée et interrogée à propos de Joseph. Si je dis la vérité, il faudra que j'explique quel homme était Goebbels... Je devrai décrire ce qui se passait dans les coulisses. Et alors toute personne convenable se détournera de moi avec dégoût. Chacun pensera alors que, sitôt mon mari mort ou fait prisonnier, je calomnie de la plus terrible manière le père de mes six enfants", ajoutant ensuite : "Le justifier devant ses ennemis, le défendre avec une réelle conviction... Je ne le peux pas non plus. Ce serait contraire à ce que me dicte ma conscience".

Les autres femmes de dirigeants nazis ne se sont pas suicidées, et elles n'ont pas été inquiétées ou très peu. Si Magda Goebbels a choisi le suicide c'est pour d'autres raisons qu'idéologiques. Le suicide est le passage obligé de ceux qui n'ont plus d'issue. Elle même l'avait déclaré, peu avant sa mort, et quel que fût le dénouement de la guerre : "Pour moi, il n'y a pas d'issue".
Pour ses enfants non plus, il n'y avait pas d'issue, car comment leur laisser vivre avec ce fardeau, dont ils ne pourraient jamais se débarrasser, d'être les fils d'un criminel, d'un homme, qu'avec le recul elle jugeait être l'incarnation du mal, mais dont elle n'avait pu se séparer à temps. Elle s'est elle-même jugée, déclarée coupable et condamnée à mort et a préféré emmener ses enfants avec elle.

(1) - Issu de son premier mariage, et donc pas le fils de Goebbels.
(2) - Victor Klemperer, Mes Soldats de papier, Seuil, 2000.
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Anja Klabunde, Magda Goebbels,
Tallandier, 2006.

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10 février 2007

Velvet Goldmine - le film




de loin, en image arrêtée et floue,
la seule façon de trouver une vague ressemblance
de l'acteur avec son illustre modèle.


Velvet Goldmine, ou comment faire un film sur Bowie sans jamais prononcer son nom ni jouer une seule de ses chansons.

Le scénario :
Chargé de rédiger un article sur Brian Slade, star de la scène Glam Rock des années 70 qui a mis fin à sa carrière en organisant sa propre disparition, Arthur plonge dans ses souvenirs et revit l'ascension et la chute de son ancienne idole, et surtout la prise de conscience de sa propre homosexualité.

Je n'avais encore jamais vu ce film, et j'ai découvert que je n'avais rien perdu. J'avais lu qu'il s'agissait d'un film sur "la période Glam Rock", "le milieu Glam Rock anglais des années 70", mais en fait c'est un film sur Bowie uniquement, dont Brian Slade est la fade copie. Qu'il s'agisse de Bowie ne fait aucun doute, puis qu'on y reconnaît facilement tous ses looks successifs, depuis la veste en peau bordée de fourrure datant de l'époque de son mariage, en passant par la robe, puis Ziggy(*), pour aboutir à la caricature du Bowie oxygéné de l'époque du Moonlight Tour, que le réalisateur se fait alors un plaisir de ridiculiser, en le montrant en espèce de mégalomane fasciste.
On retrouve dans le film non seulement les vêtements, les attitudes et des détails bien connus de la vie de Bowie, mais on y trouve surtout les anecdotes sulfureuses, réelles, inventées ou réarrangées, et mettant en avant l'homosexualité de la star, car c'est l'homosexualité qui intéresse le réalisateur, Todd Haynes, et non le phénomène musical.

Ce qui me choque, personnellement, c'est qu'un réalisateur ait eu le culot de faire un film sur un artiste vivant et sans son accord en s'abritant derrière l'argument "fantaisie glam rock aux personnages fictifs", comme si l'on pouvait être dupes. C'est un procédé cavalier et répugnant, pour ne pas dire carrément malhonnête. Bowie a refusé sa musique et sa caution, et il a bien fait. Le plus surprenant, c'est de voir, alors que la plupart des acteurs de l'époque sont toujours vivants et qu'on a des archives en abondance, combien tout dans ce film sonne faux et toc. C'en est confondant. L'analyse imposée par Haynes, est, comme l'est presque immanquablement la vision hollywoodienne des phénomènes culturels étrangers, complètement dépourvue de nuances et de subtilité.

Les acteurs sont consternants. Jonathan Rhys Meyers en Bowie et Ewan McGregor en Iggy Pop/Lou Reed ont autant de charisme qu'une brosse à dent. Autant dire que c'est un peu juste pour incarner des figures mythiques du rock. Val Kilmer avait fait beaucoup mieux en Jim Morrison. Bowie/Ziggy, sur scène, avait la grâce fatale d'un prédateur. Jonathan, le malheureux, avec sa grosse lippe inexpressive, est aussi fascinant qu'un canard en peluche. Pas de quoi électriser les foules. Si Bowie avait eut cet air mollasson et insipide, on ne l'aurait jamais remarqué. Même Toni Colette, qui joue le rôle de l'épouse, n'arrive pas à la cheville de son modèle, n'ayant pas réussi à reproduire l'hystérie prétentieuse, maniérée et ultra speed de la véritable Angie Bowie, qui, dans son genre, valait aussi le détour.

Quant aux costumes, ils sont carrément lamentables. Le Glam Rock n'a jamais été réputé pour son bon goût, mais avec quelques limites que le film a quand même réussi à dépasser. Les stylistes semblent n'avoir pas saisi la différence qui existe entre le costume de la période Glam Rock et le costume de revue de cabaret. Ainsi, on voit Brian Slade arriver sur scène avec une espèce de collerette de plumes digne d'une meneuse de revue du Lido, et qui m'a fait bien rire en me rappelant les habits emplumés du castrat Farinelli dans le film du même nom. Bonjour le look moderniste ! Les costumiers du film ont visiblement pensé qu'il suffisait de coller des paillettes, du lamé et des plumes partout, pour avoir un look années 70. Tout ce qu'ils ont obtenu, c'est du glam façon drag queen ou carnaval de Rio. Erreur de dosage et de style !

On a du mal à croire que le Haynes de Velvet Golmine est aussi l'auteur du très beau Loin du Paradis (Far from Paradise). Faire de l'épopée Glam Rock une banale aventure homosexuelle avec le grand Bowie en porte-drapeau de la cause, est extrêmement réducteur, car la recherche de l'époque c'était la liberté sexuelle, l'abolition des genres, l'androgynie, dont la relation homosexuelle était seulement un épiphénomène. Bowie a touché toute la jeunesse, aussi bien les garçons que les filles, aussi bien les hétéros que les homos. J'ai le sentiment, à voir la façon dont Bowie est traité dans ce film, que le réalisateur lui en veut d'avoir refusé de représenter la cause gay, et d'être officiellement retourné à la norme hétéro - d'où la caricature vengeresse de la fin du film. Bowie faisait une si belle icône ! C'est à la mise à mort de l'icône, pour crime de haute trahison, que procède ce film. Ce n'est ni plus ni moins que de l'intégrisme homo.

Enfin, tout ce monde-là s'est donné beaucoup de mal pour un résultat pitoyable. Comment, sérieusement, faire un film sur le milieu musical anglais des années 70 et sur Bowie sans une seule chanson de Bowie ? Même la bande son est plate, malgré les standards qu'elle reprend.
Pour montrer réellement ce qu'était le mouvement Glam Rock, il eût mieux valu rassembler des archives d'époque et en faire un montage. C'eût été cent mille fois plus intelligent et intéressant. Pourquoi faut-il qu'Hollywood trouve le moyen de rendre tout stupide, insipide et vulgaire ?(**)

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(*) - Les cheveux bleus au lieu de rouges ! Cela n'a pas manqué de me rappeler le film Mes Meilleures copains, quand le personnage interprété par Christian Clavier s'imagine que ses amis ne vont pas se reconnaître dans son roman parce qu'il a changé les noms et la couleur des cheveux.

(**) - J'ai vu, récemment, le film Chapeau Melon et Bottes de Cuir (The Avengers), avec Ralph Fiennes et Uma Thurman, et, vraiment, pour faire, à partir de cette série britannique géniale, un film aussi débile, il faut un don ou un entraînement spécial, car cela ne peut venir naturellement. A-t-on jamais rien vu de plus grotesque que ces savants déguisés en ours en peluche ? Mauvais, très mauvais ! Gros, gros, méga-navet !

l'équivalent, probablement, du Spider from Mars
- la seule image du film intéressante
au point de vue de l'esthétique.

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24 août 2006

Corne du diable et nombril du pape, quel panache !

GlamBlamBlam ne s'en cache pas, l'élégance maniérée et crasseuse du Capitaine Jack Sparrow l'a séduite.
Le film lui a rappelé les héros et les histoires de son enfance, notamment Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Il y a chez Jack Sparrow cette flamboyance à la fois dérisoire et épique des capitaines de comédie du passé : Matamore, Fracasse, Don Quichotte....
Un bon point pour Johnny Depp qui s'est battu pour imposer cette interprétation loufoque et stylée.

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20 août 2006

Teen Queen

Pour Vogue de septembre, Kirsten Dunst/Marie-Antoinette retrouve Versailles devant l'objectif d'Annie Leibowitz.
Vidéo sur le site style.com.

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08 juillet 2006

Chick Film


Sans surprise, le film de Sofia Coppola est une œuvre emblématique du temps présent, qui dépolitise tout et privilégie un formalisme pesant. Je ne sais plus qui a dit que la beauté sauverait le monde, mais ce film m'a donné le sentiment qu'avant de le sauver elle allait certainement le lobotomiser.

Rien dans le film, à aucun moment, n'invite à la réflexion, pas plus qu'à s'intéresser à l'Histoire. Une allusion, même fugace, aux conditions misérables de la reine dans sa prison du Temple, en offrant un contrepoint au glamour, nous aurait peut-être donné l'opportunité d'ébaucher un commencement de raisonnement philosophique sur les aléas de la vie, ou sur la conséquence de nos actes, mais rien de cela dans le film. La partie dramatique de la vie est écartée. La cinéaste a laissé de côté la laideur et les sujets sérieux pour ne pas gâcher le plaisir, laissant allégrement de côté la guillotine pour nous faire nous vautrer, en compagnie de la jeune souveraine, dans le luxe et les raffinements d'une existence dorée et futile.

Je suis sortie du cinéma avec l'étrange pensée que, même en sachant que passer par le couperet serait le prix à payer pour vingt ans de frivolité, de caprices, de luxe et de jouissance, si j'avais la possibilité de choisir je choisirais un destin comparable. Ce que l'on peut résumer par la philosophie nihilisto-hédoniste de la jouissance immédiate : la guillotine on s'en fiche, du moment qu'on en profite à fond avant. J'ai bien peur que ce soit là toute la philosophie du film, ce qui est regrettable. D'autant plus regrettable que le Sofia Coppola, en s'intéressant seulement à la partie légère de la vie de la reine empêche que l'on voie ce qui fit la grandeur de Marie-Antoinette : son courage et son héroïsme dans une épreuve horrible. Une injustice de plus.

Marie-Antoinette est un film sensuel. Pas dans le sens de sexuel, mais d'un film dirigé exclusivement aux sens, et plus spécialement à la vue.
Que le film soit beau, il l'est. Il est d'une beauté et d'un esthétisme tels que je n'ai pas réussi à me souvenir d'un film qui fût aussi beau et esthétique. On perçoit même le plaisir qu'a eu la metteur en scène à filmer d'aussi belles choses. L’œuvre n'est qu'une longue symphonie d'instants, de moments, filmés de la manière la plus sensible, où la cinéaste profite de chaque moulure, reflet, lumière, papier mural, tissu et détail pour faire de la scène une œuvre d'art. C'est là que réside la force de l’œuvre. En fait, c'est là que réside tout l’œuvre. En dehors de l'image, il n'y a rien. Cette beauté de l'image est aussi le point faible du film, car elle écrase tout : impossible de partager les émotions de la jeune reine quand le sentiment dominant est la beauté à couper le souffle de la scène.

Les dialogues étant brefs et rares (et heureusement, diront certains, car ils sont nuls...), la communication passe par l'image, la bande sonore, les gestes, d'où la nécessité d'en rajouter, dans les détails, dans les comportements, dans les symboles, et d'utiliser l'artifice de la répétition des mêmes scènes pour matérialiser l'évolution ou les changements de situations. De là, évidemment, le côté caricatural du film, bourré de clichés sur lesquels pèse aussi la vision manichéenne et morale américaine. A cause des ses origines humbles et de sa vie de courtisane, la du Barry devient une Cruella de Disney, mais en plus vulgaire et stupide (ce que, soit dit en passant, elle n'était pas). Le coiffeur Léonard, est, comme tout bon coiffeur se doit, une grande folle ; la duchesse de Polignac est présentée comme une nymphomane ; Louis XV comme un vieillard lubrique, et Louis XVI en imbécile toujours occupé à se goinfrer... La cour est glaciale, ennuyeuse et ridicule. Marie Antoinette passe son temps à rire, à se divertir, à picorer des gâteaux de toutes les couleurs et de toutes les formes, et a une collection de chaussures à faire mourir d'envie la moindre lectrice de Vogue. Pour toutes ces raisons, le spectateur éprouve plus d'empathie pour les meubles, les carrosses, les ors et les fontaines de Versailles que pour les personnages de l'histoire.

La bande sonore est l'autre versant de la communication émotionnelle : le rock est utilisé pour souligner la frénésie de jeu et de plaisirs qui s'empare de la reine au moment où son mariage semble partir à vau-l'eau. Je n'ai pu m'empêcher de voir là-dedans le lieu commun inévitable : comme elle était moderne ma reine ! La musique pseudo classique apparaît dans les moments de calme (je ne vais pas dire d'introspection car ce serait suggérer que les personnages du film ont une vie intellectuelle). La musique d'époque sert seulement de musique de circonstance, quand il est impossible, même avec la meilleure volonté du monde, d'harmoniser les attitudes et les pas des pseudo danses anciennes avec les rythmes de New Order. Seule l'air de Rameau "Triste apprêts" échappe au contexte utilitaire et symbolise le début d'une chute que nous ne verrons pas. Est-ce parce que la tristesse et la gravité ne font pas bon ménage avec la musique contemporaine ? Ou bien s'agit-il de sous-entendre que le tragique est une chose du passé ?

Sofia Coppola a dit que son film n'était pas historique. C'est la pure vérité. Le film est seulement une lecture "chick"*** , et donc totalement anachronique, de la vie d'une femme du passé. Elle fait de Marie Antoinette une héroïne d'aujourd'hui, la plaçant dans le panthéon de la modernité, entre Bridget Jones et Paris Hilton. Je conseille ce film pour sa beauté ineffable, mais n'en attendez pas plus. Surtout pas de l'histoire et de l'historiquement correct. La cliente de la chick lit, des chick soap et des revues glamour va adorer, et les mecs vont s'y ennuyer... sauf les coiffeurs "queer" fans de lady Di.

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*** - Chick, non pour le "chic" ou le glamour, mais pour être une version cinématographique de la "chick lit" (chicken literature), cette littérature, conçue pour l'adolescente/adulescente branchée mode et style, et qui est apparue à la fin des années 90 avec des auteurs comme Helen Fielding (Le Journal de Bridget Jones), Candace Bushnell (Sex and the City) ou, plus récemment, Lauren Weisberger (The Devil Wears Prada - celui-là si mauvais que je n'ai pas réussi à aller au-delà de la quatrième page -, et dont la version cinématographique, aussi esthétique que vide, vient d'être lancée aux Etats-Unis).

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