24 mars 2008

La Folie Polaire


J'ai vu Polaire pour la première fois dans une édition des œuvres complètes de Colette (collection "Bouquins" chez Laffont). Elle figurait dans le dossier photographique, sur trois clichés : perchée sur un trapèze dans la salle de gymnastique de Colette, puis en jeune fille sage, sur un très joli portrait, et enfin en twin, aux côtés de Colette et de son mari Willy. Son allure et son genre de beauté, modernes, très éloignés des critères de l'époque, avaient attiré mon attention. La lecture de Mes apprentissages m'en a appris davantage sur cette chanteuse de café-concert devenue comédienne. Ce que Colette révélait de Polaire dans ses textes était à la fois beaucoup, puisque, à travers quelques anecdotes, elle en dressait un portrait vivant et attachant, et trop peu, car n'y figuraient que des bribes de la vie de l'actrice à une époque précise, celle où elle incarnait Claudine au théâtre vers 1902. Elle n'y disait rien de son passé ni de la fin de sa vie. Une seule allusion à "la triste Polaire de 1935" laissait toutefois deviner un destin malheureux. Cela donnait envie d'en savoir plus ; une envie que je pensais bien n'être jamais satisfaite. On peut imaginer quelles furent ma surprise et ma joie de découvrir La Folie Polaire sur un étal de la fnac. L'improbable et l'inimaginable s'étaient produits.

La Folie Polaire est un objet littéraire inclassable, ni tout à fait roman, ni tout à fait biographie, mais un peu des deux. Il s'agit d'une sorte de voyage onirique sur les traces de Polaire où fiction et biographie s'entremêlent. Cela n'aurait pas concerné Polaire, je n'aurais peut-être pas acheté le livre ; les biographies romancées me dérangent un peu car on ne sait jamais vraiment si ce qui est raconté est fiction ou fait avéré. Mais là, il s'agissait de Polaire, et en apprendre davantage sur elle valait bien que l'on supportât un peu de fiction, d'autant qu'il paraissait évident que l'auteur avait effectué des recherches sérieuses et approfondies sur le sujet. J'ai donc emporté le livre, et je ne l'ai pas regretté. Je pense maintenant que la manière dont Jean-Baptiste Thiérrée a abordé le sujet était probablement celle qui convenait le mieux. Ce livre est l'histoire d'une passion, doublée d'une recherche biographique. D'un côté il y a la l'histoire de la quête, romancée, qui montre l'intimité et les liens forts qui souvent se nouent entre le biographe et l'objet de son étude, et de l'autre, le fruit d'une recherche bien réelle, c'est-à-dire tous les documents rassemblés au fil du temps et qui permettent de retracer le parcours de Polaire, depuis sa naissance en Algérie, en 1874, jusqu'à sa fin misérable en 1939. Fiction et faits historiques coexistent de façon intelligente et harmonieuse dans le récit, sans jamais se confondre.
J'ai un moment regretté qu'il n'y ait aucune photo montrant Polaire vers la fin de sa vie, mais je pense maintenant qu'il s'agit d'un choix délibéré, d'une délicatesse de l'auteur, qui n'a pas voulu offrir la déchéance de l'artiste en pâture au public. L'image brutale de la misère a toujours quelque chose d'obscène, et cette obscénité n'avait pas sa place dans un livre qui est avant tout un hommage et une déclaration d'amour.

Un grand merci à monsieur Thiérrée pour avoir partagé avec nous sa "folie Polaire".

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Jean-Baptiste THIÉRRÉE
La Folie Polaire
Lume, 2007
ISBN 978-2-915474-16-9

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J'ai découvert qu'il existait des enregistrement de Polaire sur internet : ce site, dédié à la chanson française depuis le XIXe siècle, propose quatre chansons d'elle, ainsi qu'une biographie succincte et des photographies. Cela fait tout drôle d'entendre Polaire après avoir lu le livre. Je ne m'attendais pas à cette voix.

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09 mai 2007

Elvis Perkins - All the Nights... and Days...

Chez Glam Blam Blam, c'est all the nights and days, with love, qu'on écoute cet album.

J'ai découvert Elvis Perkins par la chanson All the Night without Love qui figurait sur la compilation de printemps des Inrockuptibles. Coup de foudre immédiat, total et intégral aussi bien pour la chanson que pour l'artiste. J'ai écouté All the Night without Love en boucle pendant deux longues semaines, le temps que le disque arrive de... Nouvelle Zélande ! Il ne sera commercialisé en France qu'à partir de juin...
En écoutant All the Night, je me disais qu'il n'y avait peut-être qu'une seule chanson géniale sur l'album, qu'elle avait été choisie pour la compile, et que le reste serait forcément moins bien. Pas du tout ! Tout le disque est du même niveau, de la même qualité, c'est-à-dire excellent, avec des arrangements hyper raffinés. C'est très beau et souvent émouvant... Emile's Vietnam in the Sky est à tomber raide.
Le style, c'est folk, folk classique. On évoque Dylan. Je n'aime pas trop ce genre de comparaison, mais ça aide à situer un style. C'est en effet du même calibre, quoique très différent. C'est Elvis Perkins, un très grand aussi, avec lequel il faudra compter désormais.

Vous pouvez écouter/voir des morceaux sur You Tube, cela vous donnera une petite idée, mais le disque est bien meilleur.
Ne vous laissez surtout pas arrêter par le look "pulls jacquard/chemises à carreaux/barbes d'hommes des bois" pas vraiment glam de certains clips. A première vue on jurerait être en présence des cousins américains des Bodins, mais question musique et inspiration, c'est superbe...

Ces chanceux de Parisiens pourront voir Elvis Perkins en concert à Paris à la Boule Noire, le 30 mai.
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http://www.elvisperkins.net/
http://myspace.com/elvisperkins

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01 avril 2007

Nous autres

Je viens seulement de lire le roman d'Olivier Rohe, Nous autres, publié chez Naïve en 2005. Un livre court - moins de cent pages -, et qui démontre deux choses, d'une part que le Bowie des débuts reste une belle source de fantasmes en ce début de XXIe siècle, et d'autre part qu'il n'est pas facile de se hisser à la hauteur du dit personnage.
Le livre invente et explore une sorte de relation schizophrénique de Bowie avec ses divers avatars, David, Ziggy, Aladdin Sane, tous occupés à s'entre-détruire. Ce n'est pas mal pensé et tenté, mais on ne s'attendrait pas à voir Bowie nous asséner autant de banalités, c'est ce qui trahit l'idée originelle. N'est pas Bowie, même schizophrénique et à la limite de la folie, qui veut. Le génie, ça ne s'invente pas.

Le livre m'a seulement fait me demander si par hasard Bowie avait commencé à écrire ses mémoires, s'il tient un journal qui un jour sera publié, car ce que l'on aimerait ce sont des impressions et des réflexions de première main. J'espère qu'il écrira lui-même son histoire afin de ne pas la laisser entièrement aux mains de gens beaucoup moins doués que lui et qui, tous, tendent à projeter leurs délires et leurs désirs sur le personnage qu'ils racontent.
J'ai bien aimé le format du livre, et la couverture, avec cette photo de Mick Rock.

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10 février 2007

Velvet Goldmine - le film




de loin, en image arrêtée et floue,
la seule façon de trouver une vague ressemblance
de l'acteur avec son illustre modèle.


Velvet Goldmine, ou comment faire un film sur Bowie sans jamais prononcer son nom ni jouer une seule de ses chansons.

Le scénario :
Chargé de rédiger un article sur Brian Slade, star de la scène Glam Rock des années 70 qui a mis fin à sa carrière en organisant sa propre disparition, Arthur plonge dans ses souvenirs et revit l'ascension et la chute de son ancienne idole, et surtout la prise de conscience de sa propre homosexualité.

Je n'avais encore jamais vu ce film, et j'ai découvert que je n'avais rien perdu. J'avais lu qu'il s'agissait d'un film sur "la période Glam Rock", "le milieu Glam Rock anglais des années 70", mais en fait c'est un film sur Bowie uniquement, dont Brian Slade est la fade copie. Qu'il s'agisse de Bowie ne fait aucun doute, puis qu'on y reconnaît facilement tous ses looks successifs, depuis la veste en peau bordée de fourrure datant de l'époque de son mariage, en passant par la robe, puis Ziggy(*), pour aboutir à la caricature du Bowie oxygéné de l'époque du Moonlight Tour, que le réalisateur se fait alors un plaisir de ridiculiser, en le montrant en espèce de mégalomane fasciste.
On retrouve dans le film non seulement les vêtements, les attitudes et des détails bien connus de la vie de Bowie, mais on y trouve surtout les anecdotes sulfureuses, réelles, inventées ou réarrangées, et mettant en avant l'homosexualité de la star, car c'est l'homosexualité qui intéresse le réalisateur, Todd Haynes, et non le phénomène musical.

Ce qui me choque, personnellement, c'est qu'un réalisateur ait eu le culot de faire un film sur un artiste vivant et sans son accord en s'abritant derrière l'argument "fantaisie glam rock aux personnages fictifs", comme si l'on pouvait être dupes. C'est un procédé cavalier et répugnant, pour ne pas dire carrément malhonnête. Bowie a refusé sa musique et sa caution, et il a bien fait. Le plus surprenant, c'est de voir, alors que la plupart des acteurs de l'époque sont toujours vivants et qu'on a des archives en abondance, combien tout dans ce film sonne faux et toc. C'en est confondant. L'analyse imposée par Haynes, est, comme l'est presque immanquablement la vision hollywoodienne des phénomènes culturels étrangers, complètement dépourvue de nuances et de subtilité.

Les acteurs sont consternants. Jonathan Rhys Meyers en Bowie et Ewan McGregor en Iggy Pop/Lou Reed ont autant de charisme qu'une brosse à dent. Autant dire que c'est un peu juste pour incarner des figures mythiques du rock. Val Kilmer avait fait beaucoup mieux en Jim Morrison. Bowie/Ziggy, sur scène, avait la grâce fatale d'un prédateur. Jonathan, le malheureux, avec sa grosse lippe inexpressive, est aussi fascinant qu'un canard en peluche. Pas de quoi électriser les foules. Si Bowie avait eut cet air mollasson et insipide, on ne l'aurait jamais remarqué. Même Toni Colette, qui joue le rôle de l'épouse, n'arrive pas à la cheville de son modèle, n'ayant pas réussi à reproduire l'hystérie prétentieuse, maniérée et ultra speed de la véritable Angie Bowie, qui, dans son genre, valait aussi le détour.

Quant aux costumes, ils sont carrément lamentables. Le Glam Rock n'a jamais été réputé pour son bon goût, mais avec quelques limites que le film a quand même réussi à dépasser. Les stylistes semblent n'avoir pas saisi la différence qui existe entre le costume de la période Glam Rock et le costume de revue de cabaret. Ainsi, on voit Brian Slade arriver sur scène avec une espèce de collerette de plumes digne d'une meneuse de revue du Lido, et qui m'a fait bien rire en me rappelant les habits emplumés du castrat Farinelli dans le film du même nom. Bonjour le look moderniste ! Les costumiers du film ont visiblement pensé qu'il suffisait de coller des paillettes, du lamé et des plumes partout, pour avoir un look années 70. Tout ce qu'ils ont obtenu, c'est du glam façon drag queen ou carnaval de Rio. Erreur de dosage et de style !

On a du mal à croire que le Haynes de Velvet Golmine est aussi l'auteur du très beau Loin du Paradis (Far from Paradise). Faire de l'épopée Glam Rock une banale aventure homosexuelle avec le grand Bowie en porte-drapeau de la cause, est extrêmement réducteur, car la recherche de l'époque c'était la liberté sexuelle, l'abolition des genres, l'androgynie, dont la relation homosexuelle était seulement un épiphénomène. Bowie a touché toute la jeunesse, aussi bien les garçons que les filles, aussi bien les hétéros que les homos. J'ai le sentiment, à voir la façon dont Bowie est traité dans ce film, que le réalisateur lui en veut d'avoir refusé de représenter la cause gay, et d'être officiellement retourné à la norme hétéro - d'où la caricature vengeresse de la fin du film. Bowie faisait une si belle icône ! C'est à la mise à mort de l'icône, pour crime de haute trahison, que procède ce film. Ce n'est ni plus ni moins que de l'intégrisme homo.

Enfin, tout ce monde-là s'est donné beaucoup de mal pour un résultat pitoyable. Comment, sérieusement, faire un film sur le milieu musical anglais des années 70 et sur Bowie sans une seule chanson de Bowie ? Même la bande son est plate, malgré les standards qu'elle reprend.
Pour montrer réellement ce qu'était le mouvement Glam Rock, il eût mieux valu rassembler des archives d'époque et en faire un montage. C'eût été cent mille fois plus intelligent et intéressant. Pourquoi faut-il qu'Hollywood trouve le moyen de rendre tout stupide, insipide et vulgaire ?(**)

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(*) - Les cheveux bleus au lieu de rouges ! Cela n'a pas manqué de me rappeler le film Mes Meilleures copains, quand le personnage interprété par Christian Clavier s'imagine que ses amis ne vont pas se reconnaître dans son roman parce qu'il a changé les noms et la couleur des cheveux.

(**) - J'ai vu, récemment, le film Chapeau Melon et Bottes de Cuir (The Avengers), avec Ralph Fiennes et Uma Thurman, et, vraiment, pour faire, à partir de cette série britannique géniale, un film aussi débile, il faut un don ou un entraînement spécial, car cela ne peut venir naturellement. A-t-on jamais rien vu de plus grotesque que ces savants déguisés en ours en peluche ? Mauvais, très mauvais ! Gros, gros, méga-navet !

l'équivalent, probablement, du Spider from Mars
- la seule image du film intéressante
au point de vue de l'esthétique.

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24 janvier 2007

Théâtre de Cour

Il n'est jamais trop tard pour parler des choses intéressantes, comme, par exemple, du catalogue de l'exposition Théâtre de Cour - Les Spectacles à Fontainebleau au XVIIIe siècle, qui a eu lieu l'hiver dernier (2005-2006) au château de Fontainebleau, et que, malheureusement, je n'ai pas trouvé le temps d'aller visiter. A l'époque, j'avais cherché le catalogue, assez mal, certainement, car sans succès, et je viens de le trouver, par l'effet de ce hasard qui fait si bien les choses...
Si vous vous intéressez aux spectacles du XVIIIe siècle, c'est un must, car il est bourré de documents peu connus ou inédits (photos de décors de scène, de costumes), d'informations... On y apprend à peu près tout de l'organisation des spectacles, des habitudes de la Cour, et des oeuvres données à Fontainebleau à travers tous le XVIIIe siècle.
C'est un joli voyage dans le temps, à savourer en écoutant les opéras de Rameau, Grétry et Piccini...
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Théâtre de Cour : Les spectacles à Fontainebleau au XVIIIe siècle
sous la direction de Vincent Droguet & Marc-Henri Jordan
Éditions de la RMN, Paris, 2005, 120p.
ISBN 2-7118-4886-8.

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03 septembre 2006

Glam, Bach, Bach

La sensation de la semaine, c'est cette grosse météorite venue ébranler le petit monde des mélomanes : l'intégrale de Bach chez Brilliant Classics !
155 disques pour moins de 100 euros !Ahhhh ! L'effet "plus c'est gros plus c'est beau", on le ressent immédiatement ! Moi, qui n'aime pas spécialement Bach, je me suis ruée sur mon site de vente par correspondance préféré. Fort heureusement, une question impertinente très pertinente s'est interposée entre mon doigt et le clavier au moment crucial :
- as-tu écouté intégralement ton coffret Brilliant Händel - The Masterworks, depuis le temps qu'il s'étiole et pâlit sur ton étagère ?
- euh, nnnnnnnnon...
- et combien y avait-il de disques ?
- ... heum... une quarantaine...
Puis vint une autre question pertinente encore plus impertinente que la première :
- sur les 155 disques de Bach, il y en a 17 de musique d'orgue. As-tu vraiment l'intention d'écouter 17 CD de musique d'orgue de Bach ?
- aheum...... 17, c'est beaucoup ! peut-être bien qu'un seul me suffirait, car tout cela doit être diablement répétitif..


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L'intégrale Mozart - 170 CD -, à la surprise générale, est devenue un best-seller. Je ne l'ai pas achetée. Je me demande combien d'entre les heureux propriétaires ont pris la peine de l'écouter intégralement (qu'on m'en montre un, pour que je sache que c'est possible !).
A la vérité, et en valeur absolue, ces coffrets Brilliant sont plutôt bien, mais il faut être conscient de ses limites. Ce que j'aime c'est Lully, Rameau, Monteverdi, Cavalli... Des intégrales de ces compositeurs, je les écouterais entières et sans me forcer, mais Bach, Mozart, Händel, non. J'en suis incapable.

Dire que j'ai encore failli me faire avoir par ce mirage du "gros et pas cher", base morale et physique de notre époque décadente - formule toute puissante qui a réussi à enfoncer aussi bien Dieu que Marx & Freud, et qui me joue des tours à chaque fois que je ne me surveille pas !

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