01 août 2009

Musique de Chambre

"On appelle cela un concert de musique de chambre parce que les gens vont au concert en pyjama."
C'est la définition du "concert de musique de chambre" que j'ai essayé de faire avaler à mon neveu ce matin, mais il a neuf ans et ça ne marche plus.
On s'amuse encore pas mal par moments, mais déjà beaucoup moins que quand il était plus jeune.
C'est triste les petits enfants qui grandissent.

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17 novembre 2008

Irrationnalisme

"L'irrationnalisme qui devient populaire est un affreux spectacle. On sent qu'il en résultera fatalement un malheur, tel que la surestimation unilatérale de la raison n'en pourra jamais provoquer. La raison peut être comique, avec sa pédanterie optimiste ; les forces les plus profondes de la vie peuvent la tourner en ridicule ; mais elles n'entraînent pas la catastrophe. Seule la déraison devenue souveraine le fait."
Thomas Mann, 1943.

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13 octobre 2008

Kimonos


Ma dernière acquisition.

Un très, mais vraiment très, joli livre, sorti l'année dernière et qui, comme le titre l'indique, dit l'essentiel sur les kimonos, leur fabrication, les règles qui président à la forme et au choix des motifs et des couleurs, la manière de les arranger, et qui nous fait très vite regretter de n'être pas japonaises pour porter ces merveilleux objets d'art.
Tout bien considéré, je trouve qu'il y a une grande parenté d'esprit entre le costume français du XVIIIe siècle et le kimono. Nous avions atteint le même degré de raffinement, mais nous avons tout perdu depuis.
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Sophie Milenovich
Kimonos
Seuil, 2007.
ISBN 978-2-02-094027-6
240 p.

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24 mars 2008

La Folie Polaire



J'ai vu Polaire pour la première fois dans une édition des œuvres complètes de Colette (collection "Bouquins" chez Laffont). Elle figurait dans le dossier photographique, sur trois clichés : perchée sur un trapèze dans la salle de gymnastique de Colette, puis en jeune fille sage, sur un très joli portrait, et enfin en twin, aux côtés de Colette et de son mari Willy. Son allure et son genre de beauté, modernes, très éloignés des critères de l'époque, avaient attiré mon attention. La lecture de Mes apprentissages m'en a appris davantage sur cette chanteuse de café-concert devenue comédienne. Ce que Colette révélait de Polaire dans ses textes était à la fois beaucoup, puisque, à travers quelques anecdotes, elle en dressait un portrait vivant et attachant, et trop peu, car n'y figuraient que des bribes de la vie de l'actrice à une époque précise, celle où elle incarnait Claudine au théâtre vers 1902. Elle n'y disait rien de son passé ni de la fin de sa vie. Une seule allusion à "la triste Polaire de 1935" laissait toutefois deviner un destin malheureux. Cela donnait envie d'en savoir plus ; une envie que je pensais bien n'être jamais satisfaite. On peut imaginer quelles furent ma surprise et ma joie de découvrir La Folie Polaire sur un étal de la fnac. L'improbable et l'inimaginable s'étaient produits.

La Folie Polaire est un objet littéraire inclassable, ni tout à fait roman, ni tout à fait biographie, mais un peu des deux. Il s'agit d'une sorte de voyage onirique sur les traces de Polaire où fiction et biographie s'entremêlent. Cela n'aurait pas concerné Polaire, je n'aurais peut-être pas acheté le livre ; les biographies romancées me dérangent un peu car on ne sait jamais vraiment si ce qui est raconté est fiction ou fait avéré. Mais là, il s'agissait de Polaire, et en apprendre davantage sur elle valait bien que l'on supportât un peu de fiction, d'autant qu'il paraissait évident que l'auteur avait effectué des recherches sérieuses et approfondies sur le sujet. J'ai donc emporté le livre, et je ne l'ai pas regretté. Je pense maintenant que la manière dont Jean-Baptiste Thiérrée a abordé le sujet était probablement celle qui convenait le mieux. Ce livre est l'histoire d'une passion, doublée d'une recherche biographique. D'un côté il y a la l'histoire de la quête, romancée, qui montre l'intimité et les liens forts qui souvent se nouent entre le biographe et l'objet de son étude, et de l'autre, le fruit d'une recherche bien réelle, c'est-à-dire tous les documents rassemblés au fil du temps et qui permettent de retracer le parcours de Polaire, depuis sa naissance en Algérie, en 1874, jusqu'à sa fin misérable en 1939. Fiction et faits historiques coexistent de façon intelligente et harmonieuse dans le récit, sans jamais se confondre.
J'ai un moment regretté qu'il n'y ait aucune photo montrant Polaire vers la fin de sa vie, mais je pense maintenant qu'il s'agit d'un choix délibéré, d'une délicatesse de l'auteur, qui n'a pas voulu offrir la déchéance de l'artiste en pâture au public. L'image brutale de la misère a toujours quelque chose d'obscène, et cette obscénité n'avait pas sa place dans un livre qui est avant tout un hommage et une déclaration d'amour.

Un grand merci à monsieur Thiérrée pour avoir partagé avec nous sa "folie Polaire".

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Jean-Baptiste THIÉRRÉE
La Folie Polaire
Lume, 2007
ISBN 978-2-915474-16-9

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J'ai découvert qu'il existait des enregistrement de Polaire sur internet : ce site, dédié à la chanson française depuis le XIXe siècle, propose quatre chansons d'elle, ainsi qu'une biographie succincte et des photographies. Cela fait tout drôle d'entendre Polaire après avoir lu le livre. Je ne m'attendais pas à cette voix.

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21 janvier 2008

L'Art modeste


"L'art modeste est l'art de rendre la vie plus belle", écrit Hervé di Rosa, dans ce livre dans lequel il nous entraîne dans une sorte d'inventaire, à la fois visite guidée et tour du monde, de cette création protéiforme, souvent ludique et toujours surprenante, qui se situe en marge et à la confluence de tous les arts. Ce que di Rosa appelle l'art modeste, ce sont les créations et les collections populaires qui, sans prétention, nous donnent du monde une version idéale et colorée, la plupart du temps très kitsch. L'art modeste, c'est le monde de l'enfance qui continue à s'épanouir chez l'adulte. C'est l'émotion esthétique débarrassée des carcans intellectuels du bon goût et du grand art. C'est l'émerveillement et le plaisir à la portée de tous et sans arrière pensée. C'est la profusion. Ce sont les sculptures en sable, les peintures mièvres ou ratées, les collections de poupées, les maisons faites de bouteilles, et bien d'autres choses encore. C'est sublime d'invention, de mauvais goût, de naïveté ; c'est rafraîchissant.
On prend un tel plaisir à parcourir les diverses régions de l'art modeste, que le seul défaut du livre c'est son goût de trop peu. Di Rosa aurait pu nous le mettre en dix volumes qu'on en aurait quand même redemandé.
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Hervé di Rosa, L'Art modeste,
Hoëbeke, Paris, 2007
ISBN 9782-84230-115-6
224 p.

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20 janvier 2008

Littérature pour ados

En surfant sur le net, je viens de retrouver un débat autour d'un article du Monde paru le 30 novembre 2007 et dans lequel la journaliste accusait certains livres pour la jeunesse, jugés trop noirs et trop violents, d'avoir une influence néfaste sur les adolescents.
J'avoue que ce genre de raisonnement me fait toujours beaucoup rire car, la littérature pour ados n'existant pas à mon époque, je suis passée directement de la bibliothèque verte à la série noire. C'est vers l'âge de 11 ans que j'ai plongé avec délice dans l'univers du polar américain avec Dashiell Hammett, Chester Himes ou Raymond Chandler, et dans celui des romans de gare français, plus particulièrement San-Antonio, SAS (y a-t-il plus gore et plus violent que cela dans la littérature pour ado actuelle ?) et L'Exécuteur.
Ma petite âme sensible ne s'est pas trop mal remise de toutes ces mauvaises rencontres (mauvaises selon les standards actuels du politiquement correct). Cela ne m'a rendue ni violente, ni alcoolique, ni débauchée.
L'adolescence est l'âge des grandes découvertes et des grandes expériences, et il vaut mieux se confronter à la violence du monde à travers un livre que d'aller y voir soi-même et de se prendre les coups en direct live. Tout livre vaut expérience. La littérature de gare, m'a, paradoxalement, protégée du monde en me débarrassant d'une naïveté qui aurait pu m'être funeste. L'ignorance est beaucoup plus dangereuse que la connaissance des réalités, si violentes soient-elles.
Les ados n'ont pas besoin d'une littérature spéciale, aseptisée et enjolivée, et qui n'a pour effet que de les maintenir artificiellement dans le monde des Bisounours. Qu'ils plongent directement dans celle des adultes, ils y gagneront du temps et de l'expérience !
Au demeurant, on peut se demander si la volonté de figer les adolescents dans une enfance prolongée n'est pas tout simplement la version contemporaine de ce désir de jeunesse qui animait les coquettes du XIXe siècle et les poussait à nier l'adolescence de leurs filles en continuant à les vêtir en fillettes.

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19 décembre 2007

Bling-bling

Expression américaine utilisée pour désigner le style clinquant du maquereau américain et devenue, très récemment et, ma foi, fort à propos, à la mode en France. Du coup, ici, (presque) tout est dit bling-bling : la droite (surtout, car la gauche est plutôt blam-blam en ce moment), Khadafi et sa garde de wonder women, le way of life de notre bling-bling en chef...
La France entière est en train de virer bling-bling !
Mauvaise nouvelle pour la gent raffinée, car, sur un plan géographique, le bling-bling est aux antipodes de l'élégance et du bon goût.
L'avènement du "bling-bling" clôt définitivement l'ère du "jouissif", cette tarte à la crème insupportable que les pseudo-intellectuels médiatiques nous balançaient à tout bout de phrase, dévoilant ainsi l'indigence saisissante de leur vocabulaire.

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09 novembre 2007

Koan

Recherchez la liberté et vous deviendrez esclave de vos désirs.
Recherchez la discipline et vous trouverez la liberté.

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08 novembre 2007

Notre Combat

Un collectif d'artistes a entrepris d'utiliser les pages de Mein Kampf d'Hitler comme base de leurs travaux.

C'est une idée qui montre bien l'état de l'art actuel qui est fait d'un mélange d'opportunisme, de prétention et de naïveté :

- Opportunisme, parce qu'en art contemporain, si l'on veut exister, il faut impérativement choquer. Et on ne peut guère trouver plus choquant et repoussant que le texte d'Hitler.
- Prétention et naïveté, car il est à la fois prétentieux et naïf de la part de ces artistes de penser que leur actions et leurs oeuvres puissent avoir une quelconque incidence sur la portée du texte et sur ce qu'il représente. Le texte est là et ils peuvent le triturer tant qu'ils veulent, cela ne changera rien. On ne change pas l'histoire, surtout après coup. L'histoire, si l'on veut la changer, c'est ici et maintenant, ce n'est pas 80 ans après.

Cet entreprise ne peut avoir qu'un seul effet : donner envie aux gens d'aller jeter un oeil à l'original, car il n'y pas meilleure stratégie pour attirer et intéresser que de masquer et de cacher les choses.

Dans sa préface, Simone Veil se demande "Que faire d'un tel livre ?". Ma réponse est qu'il n'y a absolument rien à en faire, et surtout pas de l'art.

Cette entreprise illustre admirablement l'impuissance de l'artiste face aux horreurs de l'histoire.

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www. notrecombat.net

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26 août 2007

Ardante Fanny

Dans la série "J'aurais mieux fait de la fermer", Fanny Ardant choque l'Italie an clamant son admiration pour le fondateur des Brigades Rouges, Renato Curcio, qu'elle qualifie de héros.
Ce que Fanny trouve beau et grand chez le révolutionnaire, c'est le sacrifice de sa vie à un idéal. On ne peut nier que l'idée soit, en effet, très belle et propre à enflammer les imaginations romantiques. Cependant, Fanny oublie l'autre aspect de l'affaire qui est que le révolutionnaire est généralement encore moins avare de la vie d'autrui que de la sienne, et qu'il sacrifie les autres avec une générosité souvent proportionnelle à la force de ses convictions, ce qui, d'un point de vue tant esthétique que moral, est nettement moins admirable.

Toute cette histoire montre :
1 - Que sous des dehors glamour se dissimule parfois une âme révolutionnaire.
2 - Que quand on est célèbre, il vaut mieux, éviter les sujets épineux, et déclarer son amour du terrorisme en est un.
3 - Que la révolution est magnifique, mais seulement vue de très loin et pas vécue par soi-même - vue de près, elle l'est moins, et ceux qui l'ont rencontrée ne sont généralement plus là pour en témoigner.
4 - Que Fanny Ardant est le produit d'une époque où la révolution était branchée et où les intellectuels et les artistes défendaient les pires abominations sous prétexte de liberté. Nombre d'entre nous ont été victimes de cette idéologie, quelques-uns en sont revenus, mais beaucoup y stagnent encore, dont, apparemment, cette pauvre Fanny. Cotisons-nous pour lui offrir Le Livre noir du Communisme !

Oui, ma chère Fanny, un révolutionnaire, les armes à la main, c'est beau, mais seulement au cinéma. Dans la réalité et sur le terrain, ça l'est beaucoup moins, surtout lorsque le "héros" te prend en otage, t'humilie et te torture avent de te coller une balle dans la nuque. Sans même parler du cas où le révolutionnaire réussit dans ses entreprises, et que toute l'histoire vire au génocide, commis au nom de l'idéal, évidemment.

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22 août 2007

Nigauderies à gogo

Tiennette nous l'a très bien expliqué : si le pédophile viole des enfants, c'est parce qu'il a des pulsations sexuelles.
C'est qu'elle engrange pas la mélancolie, la Tiennette, comme elle le dit si bien elle-même. Elle se fait parfois des bateaux en Espagne mais, avec son voisin, qui est un vrai bouc en train, ils forment une belle paire. Récemment, elle s'est blessée à la jambe et il a fallu lui faire plusieurs points de soudure, mais ça va déjà mieux.
Enfin, tout ça pour dire qu'avec Tiennette on ne s'ennuie pas une seule seconde.

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20 août 2007

Promenade en Berry









Vues du canal du Berry, près de Bourges

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Photographies Horvallis

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10 août 2007

Le Mythe de la Contre-Culture


Révolte Consommée - Le Mythe de la Contre-Culture
Joseph Heath & Andrew Potter
Naïve, 2005
ISBN 2 35021 019 7
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Le livre est sorti en 2004 au Canada, sous le titre de Rebel Sell, et en 2005 en France, mais je viens seulement de le lire.

"Dans ce livre, nous avançons l'idée que si des décennies de rébellion contre-culturelle n'ont rien changé, c'est parce que la théorie de société sur laquelle repose l'idée contre-culturelle est fausse".

L'idée reçue c'est que la société est victime du capitalisme, qui, à grand renfort de publicité, s'arrange pour fourguer à la masse conformiste et lobotomisée tout un tas de produits dont elle n'a pas besoin. La contre-culture se voulant le contre-pouvoir lucide à ce système débilitant et coercitif.

C'est cette idée reçue que les deux auteurs s'emploient à démonter, en démontrant que la surconsommation n'est pas le fruit du conformisme mais, au contraire, le résultat d'une consommation concurrentielle motivée par la quête de distinction. Dans nos sociétés compétitives, les gens ne consomment pas pour faire comme tout le monde, mais, au contraire, pour se distinguer de la masse et affirmer leur différence. C'est cette quête de distinction qui les lance dans une logique de surconsommation semblable à la course aux armements à laquelle se livrent les pays. C'est la rareté qui distingue, rareté du produit de luxe, ou originalité de l'idée ou de l'attitude. C'est là que la rébellion contre-culturelle intervient comme créatrice de cette originalité tant désirée.

Le premier point démontré par les auteurs est que la contre-culture, loin d'empêcher la consommation de masse, fait, au contraire, partie intégrante du système en agissant comme moteur. Le deuxième point étant que l'idée politique de rébellion contre-culturelle, en s'opposant systématiquement à tout ce qui est organisé et étatique, et à toutes les règles et à tous les systèmes en général que, sans distinction, elle accuse d'être répressifs et coercitifs, affaiblit les États et les pouvoirs qui pourraient améliorer la société par des mesures réglementaires. Non seulement la contre-culture, en tant que projet politique, n'a jamais été capable d'apporter des solutions valables, mais, le plus souvent, elle aggrave la situation en s'opposant aux mesures qu'elle ne trouve pas assez radicales.

Par ailleurs, en assimilant toute déviance sociale à un acte de dissension, et en lui vouant une sorte de culte, la contre-culture n'a eu, pour le moment, pour seul effet, que d'encourager et de banaliser l'incivilité. "Poussée à l'extrême, elle a engendré un cycle de transgression sociale concurrentielle qui a fini par engendrer des comportements et des attitudes foncièrement antisociaux". Selon les auteurs, c'est ce mythe de la contre-culture qui a mené la gauche droit dans le mur. Les auteurs affirmant que "l'habitude contre-culturelle d'assimiler liberté et violation des normes sociales est devenue un boulet politique pour la gauche."
On en a eu la démonstration en France, récemment. En fait, en lisant ce livre, on se rend compte que le programme de Ségolène Royal était entièrement et typiquement un produit de la contre-culture, dont cet essai de 2004 annonçait déjà l'échec. D'ailleurs, pour un politicien prétendant gouverner un État, adopter les idéaux de la contre-culture, et donc l'idée qu'il faut être rebelle à tout ordre et à toute institution parce que tout ordre établi est suspect, équivaut à scier la branche sur lequel il est assis ou à se tirer une balle dans le pied.

C'est un livre facile à lire, et très intéressant, parce que toute notre société est marquée par la contre-culture, et que, dans notre quête de différence, nous sommes tous, sans même nous en rendre compte, victimes de ses sirènes. Les auteurs ne le disent pas, mais je pense que la contre-culture est devenue la nouvelle norme morale, aussi conformiste, intolérante et étriquée, et qui pèse sur la société, autant, et de manière aussi désagréable, que le faisait celle de la bourgeoisie bien pensante par le passé.

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Joseph Heath est professeur en philosophie à L'université de Toronto et Andrew Potter est chercher en éthique à l'université de Montréal.

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04 août 2007

Du Cul(turel) au con(formisme)


En France, juillet et août sont des mois invariablement dédiés au sexe. C'est la tarte à la crème estivale. Tous les ans, tous les magazines font preuve du même manque d'imagination, du même conformisme en nous sortant leur "spécial sexe". Depuis les magazines de bonnes femmes qui enseignent à la ménagère moyenne l'orgasme multiple à la plage, jusqu'aux revues cul-turelles qui apprenne à la jeunesse poprockeuse qu'il n'y a rien de plus vrai que le bondage (Inrockuptibles, qui intitule le numéro Sexe 2007, probablement pour qu'on puisse le distinguer de Sexe 2006 et de Sexe 2008, car le sexe c'est tellement tout le temps la même chose qu'il faut bien quelques repères chiffrés pour introduire une différence), en passant par les revues d'arts qui, branchitude oblige, se mettent elles aussi au mauvais goût du jour (cf Beaux Arts Magazine). Parler de sexe est devenu un passage obligé pour qui ne veut pas être taxé de ringard. Les efforts de certains pour coller à la mode du moment en deviennent pathétiques.

C'est à Beaux Arts que je décerne la palme. Ils ont fait fort en invitant un tas de pipoles, qui parlent d'autant plus volontiers d'art qu'ils n'y connaissent rien (on se demande s'il en va de même pour le sexe). On y rencontre notamment quelques pseudo-intellectuaillons médiatiques, comme Guillaume Durand et BHL, qui y font leur numéro habituel. Le premier évoque Picasso dans le style vulgaire qui le caractérise et le second, qui n'a pas encore appris à écrire, a délaissé Ségo pour Le Bain turc de Raysse sur lequel il divague artistement dans le style vasouillardo-ampoulé qui fait tout son charme. Le clou du spectacle étant toutefois le dialogue Michel Houellebecq/Catherine Millet venus débattre de sexe. Cela donne :

Houellbecq : "Ce que je regrette dans la pornographie, c'est l'absence de bons dialogues."
Et la tarte muséale de rétorquer : "Je suis d'accord, car je suis très sensible aux mots obscènes..."

Reportez-vous au magazine pour la suite... Tout est à l'avenant et, pris au second degré, c'est du niveau mauvais sketch comique. Au premier degré, c'est tout simplement affligeant de bêtise.
Des dialogues dans les films pornos, si l'on veut, mais pas écrits par ces deux-là, car, comparés à leurs divagations, les soupirs et les grognements font carrément figure de thèse de philo.

Et pour qui n'en aurait pas jusque-là du sexe après avoir lu ces numéros spéciaux, Beaux Arts en propose un autre encore plus spécial, SEXES, décrit de la manière suivante : "livre d'images et de pensées d'un genre nouveau, cet ouvrage collectif saisit la façon dont les artistes posent aujourd'hui la question centrale du sexe. Une histoire de l'art particulière en phase avec la condition contemporaine". Pour être en phase avec la condition contemporaine, ça il est en phase, le bouquin d'images ! surtout en phase commerciale !!!
La question que le lecteur se pose désormais, c'est : combien de temps ce magazine va-t-il encore résister à la tentation de vendre des sex toys et des films pornos sous prétexte d'art ?

Ceci dit, hier, sur cinq expos visitées à Paris, deux portaient à l'entrée un avertissement concernant les oeuvres chocantes qu'elles montraient. Qu'il s'agisse de sexe ou de violence, il y avait en effet des oeuvres à ne pas mettre sous tous les yeux. Au train où vont les choses, il faudra bientôt soumettre les musées d'art contemporain aux mêmes réglementations sur les mineurs que les sex-shops et le cinéma X.
J'adore l'art contemporain, mais hier j'ai réalisé qu'il faut impérativement voir les expos avant de se risquer à y entraîner un enfant. Il y a souvent du beau, du ludique et du féérique, mais le répugnant n'est jamais très loin. Le musée, surtout d'art contemporain, n'est plus la destination idéale pour un dimanche en famille.

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25 juillet 2007

Moi y'en a pas comprendre


Les librairies anglo-saxonnes ont décidé de retirer Tintin au Congo des rayons pour enfants, en raison de son idéologie coloniale et raciste. Je trouve incroyable que les Inrockuptibles, qui ont pourtant fait de la chasse au réac leur sport favori, trouvent le moyen de défendre ce bouquin.

"Une manière indirecte de censurer une œuvre en réduisant ses chances d'être lue par son public naturel", disent-il. J'hallucine. Ses "chances d'être lue", et son "public naturel" ! Est-ce une chance de lire ce bouquin-là, et la littérature coloniale a-t-elle un public naturel ?

La première fois que j'ai lu Tintin au Congo, je l'ai trouvé immonde, et je me suis étonnée que l'on continue à publier un livre qui n'honore ni son auteur ni le genre humain. Je me suis même demandé si Hergé n'avait pas honte d'avoir écrit cela. Les noirs y sont ridiculisés (même les singes parlent mieux qu'eux !), et Tintin, le fusil à la main, passe son temps à trucider la faune locale.

Quant à la "censure" ? Le mot est bien fort, puisque le livre n'est pas interdit, il est seulement déplacé au rayon pour adultes. Un déplacement qui devrait fatalement amener la question : "Pourquoi ce Tintin-là n'est-il pas avec les autres ?" Interrogation qui devrait logiquement donner lieu à une explication de texte et à une réflexion sur l'idéologie qu'il véhicule. Pas plus mal.

Mais oublions un instant l'idéologie pour ne s'occuper que de BD : est-ce que ce livre est un chef d'œuvre tel qu'il justifie que l'on s'arrange du reste ? Même pas ! Tintin au Congo est nullissime, l'histoire est sans intérêt, et son humour tarte à la crème est plus que lourdingue. S'il n'était pas signé Hergé, il y a longtemps qu'on n'en parlerait plus, et personne ne jugerait utile de ressortir cette vieillerie.

Si les enfants ne le lisent pas, hé bien ils n'auront pas perdu grand chose ! L'article conclut sur l'idée que Harry Potter est probablement un héros plus présentable pour les Anglo-saxons. Il n'y a pas photo. Harry est infiniment plus présentable, même pour les non Anglo-saxons.

La vraie place de Tintin au Congo est au rayon "histoire coloniale", comme document d'époque.

Et tiens, pour qu'il serve à quelque chose, on devrait même le vendre couplé à une histoire du Congo, où le lecteur apprendrait que du temps où le Congo belge était la propriété privée du roi Léopold II, celui-ci y a fait régner la terreur. Au nom du caoutchouc, et parce que son altesse a voulu rentabiliser rapidement ses investissements, on a violé, fouetté, torturé, mutilé, massacré, brûlé... Le Congo est devenu l'enfer sur terre, et la population a été victime d'un génocide dont on ne parle jamais.

"le Congo devint une sorte de vaste système concentrationnaire où l'arbitraire constituait la règle. Au cours des années 1890 et 1900, le publiciste britannique Edmund D. Morel et sa Congo Reform Association (1904-1913) surent émouvoir les opinions publiques européennes en dévoilant des photos d'Africains aux mains coupées. Ceux-ci étaient des survivants de massacres, laissés pour morts. En cas de livraison insuffisante du caoutchouc, la règle et l'usage imposaient en effet aux soldats de couper une main - généralement la droite - qu'on rapportait, le plus souvent séchée, pour prouver qu'on avait bien puni des ressortissants du village rebelle. De multiples rapports de missionnaires évoquent ainsi le nombre impressionnant de cadavres privés d'une main, rencontrés flottant sur le fleuve Congo et ses affluents."
"Afrique centrale : le temps des massacres", par Elikia M'Bokolo, in Le Livre noir du Colonialisme, Histoires Pluriel, Hachette, 2005.

J'ai vu un reportage sur le Congo belge au temps de Léopold II. On dit que le roi belge est mort avec une expression de terreur sur le visage, en murmurant : "horreur, horreur..."
Horreur, c'est le mot. Et s'il y a un enfer, il est certainement parti y rôtir pour l'éternité.

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Illustrations : John Steed lisant Tintin.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans la série Chapeau Melon & Bottes de Cuir (The Avengers), quand John Steed lit, c'est toujours des albums de Tintin ! Mais je ne l'ai pas vu lire Tintin au Congo. C'est un homme de goût ce Steed.

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24 juillet 2007

L'Étoffe des héros

Une anecdote ancienne
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Il ne vous est jamais arrivé, à vous, d'avoir des élans éducatifs ? Genre, la belle-soeur me confie son moufflet de cinq ans et j'en profite pour lui faire découvrir des choses nouvelles. Moi, ça me l'a fait hier. Le maigrou en question, le Stig, est un fan de conquête spatiale et il s'est déjà visionné Apollo 13 quinze fois en un mois. Qu'à cela ne tienne...

- Dis-donc le Stig, pendant qu'on fait nos collages et nos pliages, je vais te mettre un DVD qui raconte les débuts de la conquête spatiale !
- Ah, Apollo, Neil Amstrong, z'connais déééézà !
- Non, non, avant cela !
...

Début du film. On voit les pilotes de chasse essayer de franchir le mur du son, et ça ne l'intéresse pas trop... enfin si, une question le taraude qu'il me pose en boucle :

- Il est haut comment le mur du son ?
- Bon, tu vois le Stig, le mur du son, c'est pas un mur. Il existe pas ! enfin c'est un truc que quand on va plus vite que le son ça fait bang !
- Ahhhh, comme le bing bang alors !
- Big bang. Euh, non pas exactement, c'est...
- Ah, ah, regarde l'avion, y va aller s'exploser dans le mur du son ! ah, ah, ah !
- Euh, non, le mur du son c'est pas un mur... il existe pas, enfin si, euh, comment dire (damned pourquoi est-ce que je suis allée lui passer cet espèce de film d'espace alors que je suis nulle en physique !")...

Le film : ....ah, ah, ah, c'est pas ce peigne-cul....!!!

- Tata, c'est quoi un peigne à cul ?
(Argghhhh, j'avais oublié qu'un film américain viril est fatalement bourré de gros mots et d'expressions vulgaires !!! )
- euh... un peigne-cul c'est un type pas intéressant. Tu sais ce qu'on va faire maintenant, on va regarder Bambi, hein ?
- Pourquoi il lui a dit peigne à cul ?
- Écoute le Stig, c'est pas "peigne à cul" qu'on dit, mais "peigne-cul". Pei-gne-cul !
- Pei-gne-cul !!!
- C'est ça !
- Pei-gne-cul, hihi, pei-gne-cul !!!
- Euh, bon, ça suffit maintenant, c'est pas un joli mot et faut pas le dire, t'entends ?
- Boooon d'accoooord, z'le dirai pas...
- C'est bien ! si t'es gentil, demain je t'en apprendrai un autre, mais il faut que tu apprennes à dire les "ch"...

(En disant cela, je songeais qu'il avait exactement l'âge de Gargantua au moment de ses inventions de torcheculs, et que c'est un chapitre qui lu à un petit "guarsonnet" dans son genre le ferait beaucoup rire..)
...

Enfin, ce qu'il y a de merveilleux, avec les enfants, c'est qu'on arrive toujours à leur apprendre quelque-chose de nouveau, même si ce n'est pas exactement ce que l'on avait prévu.

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20 juillet 2007

Pluie d'orage

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Photo Horvallis

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17 juillet 2007

L'Art pris au mot



L'Art pris au mot ou comment lire les tableaux...
Alain Jaubert, Valérie Lagier, Dominique Moncond'huy, Henri Scepi
Gallimard, 2007,
ISBN 978-2-07-077605-4

Présentation de l'éditeur.
Que comprenons-nous des tableaux que nous voyons ? Et d'abord, que voyons-nous ? Des couleurs, des formes agencées, des perspectives plus ou moins justes ? Que reconnaissons-nous de nous-mêmes, de notre quotidien, de notre imaginaire ? Qu'est-ce qui nous touche, nous émeut, nous fait frissonner ou nous ravit ? Que lisons-nous ? C'est à toutes ces questions que cet ouvrage répond en proposant de cheminer parmi trente chefs-d'œuvre, depuis la position du spectateur innocent jusqu'à celle de l'amateur éclairé. Regarder, comprendre, aimer : un parcours idéal. Dans ces 30 lectures de tableaux : un face-à-face permanent avec la littérature (une centaine de textes cités) ; des informations techniques, des anecdotes vivantes, des ouvertures sur d'autres expressions artistiques, sous forme d'encadrés ; d'autres tableaux qui réinterprètent le thème (plus de cent reproductions). Et pour garder sous les yeux les tableaux commentés : 30 reproductions sous forme de fiches.

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Ne rêvez pas, malgré le sous-titre prometteur - "comment regarder les tableaux..." -, vous pourrez lire le livre tout entier que vous le refermerez sans avoir appris comment lire une oeuvre. Il me semble que l'intention de départ était de faire une sorte de version papier de ce qu'Alain Jaubert nous livrait jusque-là dans ses documentaires. Excellent, me direz-vous, si vous avez apprécié les films. L'idée était assurément bonne, mais c'est la mise en oeuvre qui pose problème. Le documentaire, avec la possibilité offerte de manipuler les formes et d'intervenir sur les images pour illustrer les propos, avait un côté démonstratif et pédagogique que le livre n'a pas. Et, surtout, il y avait, dans les documentaires, une rigueur et une clarté qui font grandement défaut au livre.

Question de méthode : L'art pris au mot tient moins de l'analyse d'oeuvres que de la littérature sur l'art, voire, quelquefois, de la masturbation littéraire. L'art, ici, n'est pas "pris" au mot, il est "englué" dans la prose. Les auteurs accumulent les adjectifs et les phrases qui sonnent bien. Il privilégient la forme au fond, et se complaisent trop souvent dans cet intellectualisme obscur et creux qui est malheureusement la marque de fabrique des écrits contemporains sur l'art. L'interprétation des oeuvres, quelquefois intéressante, parfois douteuse, ou très discutable, car il ne s'agit que de points de vue personnels que, la plupart du temps, rien ne vient étayer, finit noyée dans cette espèce de logorrhée maniériste.

Toujours animés du désir d'en faire plus, au lieu de rester dans l'explication d'une seule oeuvre et de s'en tenir à elle, les auteurs extrapolent et profitent du sujet de la peinture pour s'attaquer en même temps à un ou plusieurs thèmes liés. Et voilà donc que, au beau milieu de l'analyse d'un tableau, le thème devient prétexte à des digressions sur d'autres oeuvres d'autres temps, voire même à dresser l'historique sommaire d'un genre ou d'une technique. On s'y perd.

Et puis, comme si cela ne suffisait pas, on trouve encore, insérés un peu au hasard au beau milieu des commentaires d'oeuvres, des encarts en caractères de couleurs, et qui contiennent des citations, des explications techniques, ou des considérations n'ayant, la plupart du temps, qu'un rapport lointain avec le texte qu'ils viennent parasiter. Tout cela contribue à renforcer l'impression de coq à l'âne, d'amoncellement brouillon, qui se dégageait déjà des analyses.

L'ouvrage ressemble une sorte de fourre-tout assez rebutant. Le format choisi, relativement petit, et le fait que l'éditeur ait resserré textes et images afin de gagner sur le nombre de pages (déjà impressionnant : 573), ne contribue pas qu'un peu à la sensation d'étouffement produite par l'ensemble. Cela se lit, mais il faut être motivé.

Curieux manque de clarté pour une oeuvre qui se veut éclairante et surtout terrible manque de discipline pour qui prétend faire oeuvre pédagogique.
L'idée était bonne, l'ouvrage est érudit, mais, c'est, pour parler crûment, un vrai foutoir. C'est, assurément, pour tous les étudiants en histoire de l'art, un bel exemple de ce qu'il ne faut pas faire en manière de commentaire d'oeuvres.

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16 juillet 2007

Sous la voûte étoilée


Que j'aime ces bariolages d'églises !

Mon thème de prédilection, quand je fais de la photo, ce sont les détails, comme celui-ci, avec des effets de couleurs et de la géométrie dans une composition quasi abstraite. D'ailleurs, c'est aussi ce que je fais quand je dessine. On passe sa vie à faire le même genre de choses.
Ce qui m'a particulièrement plu ici, c'est l'éclat presque surnaturel des deux étoiles de la partie supérieure.

Il s'agit d'un détail de voûte de la petite église du Noyer (Cher) où, le dimanche 15 juillet, des Paladins, sous la direction de Jérôme Corréas, donnaient un concert de musique baroque napolitaine (Scarlatti, Durante, Porpora)...


Jérôme Corréas, au clavecin, en compagnie d'un violoncelliste au nom imprononçable, Nicolas Crnjanski. Ce qui m'a intéressée dans cette composition, ce sont les effets d'ombres, de lumières et les contrastes entre le noir et le fond blanc. Il y avait également ce jeu de personnages, avec les deux musiciens en chair et en os, auxquels répondaient les deux personnages de verre du vitrail. L'effet de progression produit par les trois têtes était intéressant : le violoncelliste au premier plan, éclairé sur fond sombre, puis Corréas en silhouette sur le fond éclairé du vitrail, et enfin la tête blonde et blanche de l'ange du vitrail juste au-dessus. Très baroque.

Pour un tas de raisons liées aux conditions, et aussi au cadrage, la photo n'est pas aussi bonne que je l'aurais souhaité. Mon appareil n'est pas assez performant pour ce genre de prises. Il faudrait un reflex et meilleur objectif. Et puis j'ai travaillé sans flash, avec une luminosité très faible. Les musiciens, évidemment, bougeaient beaucoup, et une femme, devant moi, me compliquait la tâche en prenant des poses qui semblaient n'avoir pour but que de m'empêcher de cadrer. Et puis, pendant un concert, si l'on ne veut pas gâcher le plaisir des auditeurs et le travail des artistes, il faut se faire très discret. Le moindre mouvement et le moindre son parasite deviennent vite très distrayants et énervants pour l'entourage. J'ai donc limité mon expérimentation à quelques clichés rapides pour ne pas indisposer mes voisins mélomanes.

Les mêmes avec Valérie Gabail, et un recadrage carré
(qui ferait une belle pochette pour un live).
J'aime les effets dynamiques des diagonales, dans un carré qui est,
par définition, symbole de stabilité et d'équilibre.

Deux mots du concert. Le baroque napolitain, c'est très particulier. On en entend rarement, parce que ce n'est pas une musique facile, contrairement à celle d'autres compositeurs, comme par exemple Händel dont il suffit d'écouter les arie une fois pour qu'ils vous collent aux oreilles pendant quinze jours. Au début, cela peut même paraître très rébarbatif, et puis on s'y installe tout doucettement et une fois qu'on est bien entré dans cette musique, on en écouterait pendant des heures. Voilà pourquoi le concert m'a paru bien trop court.

Une dernière photo, qui n'a aucun intérêt plastique, mais par soucis d'équité, parce qu'on y voit le second chanteur, le contre-ténor Paulin Bündgen.

Jérôme Corréas, que je ne connaissais que par le disque, a une présence et un charisme incroyables. Dès qu'il lâchait le clavecin pour venir saluer avec les autres, il lui suffisait d'un sourire pour qu'on ne voie plus que lui tant il rayonne d'énergie positive et de sympathie. Je n'avais encore jamais vu la basse continue éclipser les chanteurs !

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Photos Horvallis

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11 juin 2007

Passe à ton voisin

Le Stig vient d’avoir sept ans. Un âge où cohabitent encore les naïvetés de l’enfance et la conscience d’être un " grand ". Je me demandais si cette année il allait se conduire comme l’année dernière quand, le jour de son anniversaire, il est arrivé en se redressant comiquement de toute sa taille et a demandé :
- Tu n’as rien remarqué ?
- Mon dieu, le Stig, mais COMME TU AS GRANDI !
- C’est normal, j’ai six ans ! avait-il déclaré, débordant de fierté, en essayant de se hausser davantage.

On voyait que six ans ça n’était pas rien, car à peine lui proposait-on les choses habituelles, comme par exemple un coussin sur sa chaise pour le mettre à table, ou un verre à petit lapin, qu’il nous regardait, l’œil noir, l’air offensé :
- Mais enfin, j’ai six ans, est-ce que tu l’as oublié ?

Pendant quelques temps nous avons surfé sur la vague des six ans. Une aubaine, car à chaque fois qu’il nous faisait une difficulté ou un caprice, nous avions la parade toute prête :
- Mais enfin, le Stig, tu as six ans !

Comparés aux six, les sept ans sont passés relativement inaperçus et, visiblement, il ne croit plus au pouvoir miraculeux du jour anniversaire qui fait grandir d’un coup. Pourtant, il conserve des naïvetés de petit enfant. Récemment, il a été malade et a passé son virus à quelques-uns d’entre-nous. Le temps d’incubation a fait que nous avons montré tous les symptômes au moment où lui commençait à aller mieux.
- Bon sang, le Stig, la prochaine fois, tu te les gardes tes microbes ! Regarde dans quel état tu nous as mis !
À quoi il a répondu, l’air très satisfait :
- Moi je suis bien content de vous les avoir passés, car maintenant je vais mieux !

C’est là que nous avons compris que, dans son idée, la maladie c’est un peu comme au jeu du Mistigri, pour s’en défaire, il suffit simplement d’arriver à la refiler à son voisin.

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04 juin 2007

Fatalement...


... avec toute la pub faite au bouquin, principalement par les intéressés, le couple Royal/Hollande, j'ai fini par lire La Femme fatale de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin.
Ce livre, qui se lit comme un roman, étudie la campagne électorale de Ségolène Royal sous tous ses aspects et en raconte le déroulement. C'est la campagne analysée et vue de l'intérieur : stratégies, enjeux, alliances, obsession des sondages, messianisme, et, pour rendre le récit vivant, anecdotes, citations, remarques de militants, d'amis, etc. Enfin, tout ce que le l'électeur, à qui l'on préfère montrer une façade lisse et riante, ne peut généralement pas voir. Ce sont les secrets de cuisine, plus que les secrets d'alcôve, que ce livre dévoile. C'est la chronique d'une ascension et d'une lutte politique avec tout ce que cela comporte d'ambition, de narcissisme, de manipulations et de coups bas de part et d'autre.
Quant à la vie privée, on n'en voit vraiment pas grand-chose, ou juste le nécessaire pour expliquer certains choix ou certains actes. Du fait que les deux protagonistes étaient tous les deux potentiellement candidats à la présidentielle au départ, le privé et le politique sont tellement imbriqués qu'il est souvent impossible de les séparer.
C'est le mauvais résumé du quatrième de couverture qui, pour cause de marketing, en forçant sur le pathos et en mettant en avant une soi-disant blessure secrète (qui ne saute d'ailleurs pas aux yeux quand on lit l'ouvrage), contribue à donner de ce livre une idée erronée. Si on a déjà lu d'autres livres sur Ségolène, comme par exemple Ségolène Royal - Ombre & Lumière d'Evelyne Pathouot, ex-salariée de Ségolène qui a vu ses méthodes de près et en a même fait les frais, on sait qu'il y a longtemps que la madone a les dents qui rayent le parquet, et qu'elle ne s'est jamais embarrassée de formalités pour assouvir ses ambitions.


On garde de cette lecture de La Femme fatale l'impression que cette campagne de Ségolène ferait un scénario extraordinaire pour une série télé - tous les ingrédients y sont.

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Si vous n'en avez pas encore assez de la campagne présidentielle, un autre livre que je vous recommande c'est Une Campagne off - Chronique interdite de la course à l'Élysée de Daniel Carton. Sous la forme d'un journal, il montre les différents candidats en campagne, les militants, les ambiances... C'est drôle, bien observé, impertinent, et c'est surtout on y trouve une foule d'informations sur un tas de choses dont le citoyen moyen n'a même idée. Lui aussi fait mention de la chirurgie esthétique de Ségolène et de la liaison de Hollande, mais il le fait d'une manière qui devrait, raisonnablement, le mettre à l'abri de poursuites... Du moins des poursuites de Ségolène, mais pas de celle de ses trois "groupies" journalistes (c'est ainsi qu'elles sont présentées dans le livre), Isabelle Mandraud (Le Monde), Françoise Degois (France Inter) et Ilana Moryoussef (France Info), qui ont intenté un procès à leur confrère ! Ce qui est trop drôle, c'est que dans le livre Daniel Carton ne donne pas les noms des journalistes, mais, grâce au procès, maintenant on les connaît. Si ce n'est pas une preuve de stupidité de ces dames (car qui, mis à part elles et les quelques témoins du dialogue, aurait pu les reconnaître ?), c'est que l'enjeu dépasse leur simple réputation.

On sait depuis longtemps que procès vaut publicité et l'on s'étonne que tous ces braves gens, pourtant familiers des médias, puissent encore l'ignorer. Quand Ségolène Royal déclare : "ne lisez pas ce livre, il n'en vaut pas la peine", on peut être sûrs que les ventes grimpent aussitôt de 30%. C'est le meilleur argument de vente que l'on puisse fournir aux auteurs. Plus on parle du procès et plus les gens se précipitent au cas où il serait retiré de la vente ! Alors, comme ce petit monde est tout sauf naïf, on s'interroge sur les raisons occultes de toutes ces procédures.

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31 mai 2007

Moderne Médée


Voir Magda Goebbels, dans le film La Chute, empoisonner ses enfants, m'a rappelé la Médée de Pasolini. Il n'y pas de geste plus contre nature et plus barbare, pour une mère, que de reprendre la vie de ceux auxquels elle l'a donnée. La Chute, qui ne montre rien de la vie privée de la famille Goebbels, laisse imaginer une femme agissant en parfait accord avec son mari, guidée par un fanatisme aveugle - une impression que vient renforcer le contenu de la lettre d'adieu écrite à son fils aîné (1) :
"La vie qui viendra après nous n'est pas digne d'eux. Un dieu miséricordieux comprendra que je leur apporte moi-même la délivrance".
Ce choix de donner la mort parce qu'il n'y a pas d'avenir est également la thèse de Pasolini, dans son film Médée. Il montre le meurtre de Médée non comme une action monstrueuse, mais comme le désir d'épargner à ses enfants un futur dans lequel ils n'ont pas de place. Médée étant la prêtresse d'un monde archaïque que la Grèce venait de vaincre, ses valeurs et son monde étaient condamnés.
La ressemblance s'arrête là, Médée tue ses enfants, s'éloigne de l'homme et de la terre qui l'ont dépossédée de ses pouvoirs. Magda choisit la mort, mais sa lettre d'adieu, qui semble une profession de foi nazie, n'est qu'une explication officielle, une version idéalisée et simplifiée de motifs autrement plus tristes et plus complexes, ainsi que le montre la biographie écrite par Anja Klabunde.

Magda est une très belle femme. Elle a reçu une excellente éducation bourgeoise. Elle est cultivée et parle plusieurs langues. Elle aime le luxe et a de grandes ambitions. Élevée par un Juif qui l'a toujours traitée comme sa propre fille, ayant eu pour premier amour un militant, puis responsable, sioniste, Victor Chaïm Arlosoroff, et comme grande amie de jeunesse la sœur de ce dernier, on apprend qu'avant de devenir Madame Goebbels, elle avait caressé le projet d'aller vivre en Palestine avec eux. Passer d'un sioniste à un nazi paraît être un grand écart impossible, mais cela ne l'était pas autant que l'on pourrait le penser, si l'on en croit Victor Klemperer qui, à la même époque (2), mettait sionistes et nazis dans le même panier. Ces choix montrent surtout que la belle Magda aime les hommes de pouvoir, les leaders charismatiques. Quand elle rencontre Goebbels, elle vient de divorcer de l'industriel Günter Quandt. Elle mène une vie très confortable, mais elle s'ennuie. Entre elle et Goebbels, c'est le coup de foudre. Il s'aiment, se marient. Dans un premier temps, elle se sent parfaitement à l'aise dans son rôle d'épouse de ministre, grande amie d'Hitler, et incarnation de l'idéal de la femme et de l'épouse aryenne. Et puis la situation se dégrade. De muse adorée, elle devient mère de famille, enchaînant les grossesses et les problèmes de santé. Elle doit aussi affronter les nombreuses infidélités de son mari. Des infidélités qu'elle ne supporte pas, surtout quand Goebbels, tombé réellement amoureux de l'actrice Lida Barovaa se met à afficher sa liaison partout. Le couple se délite, et à la veille de la guerre il est à deux doigts de l'implosion. Magda veut divorcer et demande l'aide dHitler. Ce dernier, qui tient beaucoup à ce modèle de famille aryenne qu'elle et les siens incarnent, et redoutant surtout qu'un nouveau scandale éclabousse le parti, place Goebbels face à ses responsabilités : ou il sauve son couple ou il pert son poste. Goebbels renonce à sa maîtresse, et les deux époux signent un contrat d'entente, qu'ils s'engagent à respecter pendant quelques mois, le temps de voir s'ils peuvent encore sauver leur mariage, mais la guerre arrive qui relègue les problèmes privés au second plan. Le destin de Magda et de ses enfants est désormais scellé.

A travers les documents présentés par Anja Klabunde, on voit :
- que Magda avait fini par comprendre la nature profondément malsaine, cynique, diabolique de son mari. Elle connaissait ses méthodes, et le savait capable du pire. Il l'avait menacée de lui retirer ses enfants.
- que dans les années 40, elle savait tout des crimes nazis, et que, probablement, Goebbels les lui avait racontés pour l'associer et la lier davantage à son propre destin, ou peut-être seulement par cruauté. Témoin ces paroles de Magda, rapportées par sa meilleure amie, Ello : "Tu ne peux imaginer de quelles choses horribles il accable maintenant ma conscience, et je ne peux m'en ouvrir auprès de personne...",
- qu'elle s'est sentie tellement prisonnière de ses premiers choix qu'elle n'a pas cru possible un retour en arrière. Toujours à Ello, elle a expliqué : "Supposons que je reste en vie, je serai aussitôt arrêtée et interrogée à propos de Joseph. Si je dis la vérité, il faudra que j'explique quel homme était Goebbels... Je devrai décrire ce qui se passait dans les coulisses. Et alors toute personne convenable se détournera de moi avec dégoût. Chacun pensera alors que, sitôt mon mari mort ou fait prisonnier, je calomnie de la plus terrible manière le père de mes six enfants", ajoutant ensuite : "Le justifier devant ses ennemis, le défendre avec une réelle conviction... Je ne le peux pas non plus. Ce serait contraire à ce que me dicte ma conscience".

Les autres femmes de dirigeants nazis ne se sont pas suicidées, et elles n'ont pas été inquiétées ou très peu. Si Magda Goebbels a choisi le suicide c'est pour d'autres raisons qu'idéologiques. Le suicide est le passage obligé de ceux qui n'ont plus d'issue. Elle même l'avait déclaré, peu avant sa mort, et quel que fût le dénouement de la guerre : "Pour moi, il n'y a pas d'issue".
Pour ses enfants non plus, il n'y avait pas d'issue, car comment leur laisser vivre avec ce fardeau, dont ils ne pourraient jamais se débarrasser, d'être les fils d'un criminel, d'un homme, qu'avec le recul elle jugeait être l'incarnation du mal, mais dont elle n'avait pu se séparer à temps. Elle s'est elle-même jugée, déclarée coupable et condamnée à mort et a préféré emmener ses enfants avec elle.

(1) - Issu de son premier mariage, et donc pas le fils de Goebbels.
(2) - Victor Klemperer, Mes Soldats de papier, Seuil, 2000.
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Anja Klabunde, Magda Goebbels,
Tallandier, 2006.

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28 mai 2007

Ne travaillez jamais

Dans le numéro de juin de Capital on voit, page 62, et illustrant le dossier sur les fonctionnaires, une photo de la présidente de la fac de Caen prise dans l'un des amphithéâtres de l'université. Ceux qui sont passés par l'université connaissent ces endroits hideux aux murs grisâtres ou jaunasses couverts de graffiti.
La photo choisie pour Capital est emblématique dans le sens où non seulement elle symbolise parfaitement l'état lamentable des universités françaises, mais aussi parce qu'on y lit sur le mur, en réponse à Sarkozy, la célèbre phrase de Guy Debord : "Ne travaillez jamais".
A vingt ans, c'est certain, on rêve de tout sauf de "travailler plus pour gagner plus". On veut juste une vie passionnante.

Pourtant, "ne travailler jamais" ne veut pas dire "ne rien faire", et les 1800 pages des oeuvres de Debord, publiées dans la série In Quarto chez Gallimard l'année dernière, illustrent bien le fossé abyssal qu'il peut y avoir entre les deux formules. "Ne travaillez jamais" voulait dire "n'entrez jamais dans le système", "restez libres". C'était la profession de foi d'un anarchiste viscéral. Mais, comme Debord l'a lui-même remarqué par la suite, dans Cette mauvaise réputation..., "Ne jamais travailler demande de grands talents." Ce n'est, définitivement, pas à la portée du premier venu.
Il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir échapper au lot commun, surtout quand on n'a pas de fortune personnelle. Il faut non seulement avoir du talent, mais accepter une existence en marge, une existence placée sous le signe de l'insécurité, du rejet pour non-conformisme. La liberté a un prix, et c'est un fardeau que peu de gens sont capables de porter.
"Ne travaillez jamais" est plus facile à dire qu'à vivre. "Travailler plus pour gagner plus" est, finalement, davantage à la portée du plus grand nombre.

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Quel dommage que Debord n'ait pas voulu faire partie du système ! Dommage pour la littérature, je veux dire, car il était très cultivé et écrivait magnifiquement. Sa prose n'a servi qu'à la dénonciation politique et sociale, pourtant quelques textes, comme ces extraits de Panégyrique 1, laissent voir combien était grand son talent d'écrivain :

Des vents violents, qui a tout instant pouvaient se lever de trois directions, secouaient les arbres. Ceux de la lande du nord, plus dispersés, se courbaient et vibraient comme des navires surpris à l'ancre dans une rade ouverte. Les arbres qui gardaient la butte devant la maison, très groupés, s'appuyaient dans leur résistance, le premier rang brisant le choc toujours renouvelé du vent d'ouest. Plus loin, l'alignement des bois disposés en carrés, sur tout le demi-cercle de collines, évoquait les troupes rangées en échiquier dans certains tableaux de batailles du XVIIIe siècle. Et ces charges presque toujours vaines, quelquefois faisaient brèche en abattant un rang. Des nuages accumulés traversaient tout le ciel en courant. Une saute de vent pouvait aussi vite les ramener en fuite ; d'autres nuages lancés à leur poursuite.
...
Les semaines passaient insensiblement. L'air du matin, un jour, annonçait l'automne. Une autre fois, par un goût de grande douceur de l'air, qui est sensible dans la bouche, se déclarait, comme une rapide promesse toujours tenue, "le souffle du printemps".

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21 mai 2007

Brume


Hier, après la pluie, à la tombée de la nuit, la brume, d'un coup, s'est levée, faisant du jardin un décor romantique tout droit sorti d'un film d'Agnieszka Holland...
Le charme a été rompu par un petit être pressé qui est arrivé, grondant, grognant, soufflant comme une locomotive, et renversant tout sur son passage : monsieur hérisson... Pour lui, c'était juste l'heure de la soupe. Un ventre creux, cela vous ramène très vite à la réalité !
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Photo Glam Blam Blam

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17 mai 2007

Les Vieux schnocks qui se la jouent

Le Stig : - Tata, c'est quoi un vieux schnock qui se la joue ?
Glam Blam Blam : - ?!!???!

(J'ai failli lui parler politique, mais je me suis ravisée. Les jeunes recommencent tout juste à s'intéresser à la politique, ce serait bête de déjà les en dégoûter. )

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